Aya et la Sorcière: une déception inévitable ?

Aya et la Sorcière est le premier film du studio Ghibli depuis 2014 et il est réalisé par Goro Miyazaki. Il faut se rappeler que le studio était mal en point à cause des flops de Souvenirs de Marnie et La Princesse Kaguya qui n’ont pas fonctionné autant que le studio aurait voulu. C’est pourquoi le studio a décidé de faire une pause pendant quelques années. Quelques cours-métrages et des projets par-ci par-là plus tard, nous revoilà avec ce projet qui annonce de la nouveauté. Adapté d’un roman de Diana Wynne Jones, l’histoire nous raconte les aventures d’Aya, une jeune fille qui fut abandonnée aux portes d’un orphelinat lorsqu’elle était bébé. Ayant grandi dans ce lieu où tout lui est familier, elle mène tout le monde à la baguette avec un caractère bien trempé. Son monde se retrouve bouleversé lorsqu’elle est adoptée par Bella Yaga, une sorcière et Mandrake, un homme mystérieux. Malgré une intrigue qui semble, à première vue, assez classique, les fans de la première heure furent très déçue du tournant visuel du studio. En effet, ce passage de la 2D à la 3D semble refroidir le public et la critique. C’est à se demander, au vu du changement de direction du studio, si le film allait forcément décevoir.

UNE NOUVELLE DIMMENSION

Je dois l’avouer, il y a des films qui sont plus difficiles à critiquer que d’autres. Pour plein de facteurs différents, il peut y avoir des questions qui me taraudent : par quel bout le prendre ? Comment critiquer de manière la plus juste possible ? Comment être un minimum objectif ? Et dans ce cas précis, est-ce que si ce film n’était pas du studio Ghibli je l’aurais vu différemment ? On va entrer dans le vif du sujet et traiter de ce qui a fait scandale, c’est-à-dire le passage de la 2D à la 3D. En y réfléchissant bien, ce n’est pas si étonnant que le studio s’essaie à la 3D : pendant leur hiatus, Hayo Miyazaki a pu réaliser le court-métrage Boro la chenille et Goro Miyazaki a pu faire la série d’animation Ronya, fille de brigand, deux œuvres en 3D (en CGI). Et la 3D prend progressivement de la place dans le paysage de l’animation japonaise. Cependant, elle n’a pas l’air d’enchanter les fans (on a tous vu et lu les critiques sur l’animé de Berserk 2016) parce que généralement elle est jugée trop plate, pas assez expressive et avec un manque de fluidité. Et malheureusement, le dernier film du studio de Miyazaki et de Takahata coche un peu toute les cases. Il y a côté très « plastique » qui ressort des personages, surtout au niveau de leur cheveux qui semble compact et oubliez les magnifiques décors que nous servait le studio. On ne va pas se mentir, on a vraiment une impression de perdre quelque chose, la saveur du studio car ce n’est pas une question de préférer la 2D à la 3D  mais de vivre une véritable perte d’identité. Car une des forces du studio, c’était son rendu visuel : sa nature luxuriante, les détails qu’on pouvait repérer, les décors qui ressemblent presque à de la peinture (on a tous en tête la magnifique maison de Marnie ou Chihiro entouré de fleurs) et surtout une animation presque flottante et légère pour animer les cheveux qui tombent ou des habits pris par le vent. C’est une nouvelle identité visuelle qui ne prend pas.

UN FUTUR INCERTAIN

De ce fait, une autre réflexion que je me pose est: est-ce qu’on va laisser le studio Ghibli évolué ? Car il est un peu vu comme le garant d’une certaine animation traditionnelle. Mais en lui imposant ce statut, on l’empêche toute forme de mue. La réalité c’est qu’un artiste qui ne se renouvelle pas meurt. La lassitude peut gagner les fans et les plus fervents défenseurs du studio peuvent donner n’importe quelle excuse mais la réalité, c’est que les derniers films du studio n’ont pas autant fonctionné que prévu. Comme si, lorsqu’il n’y a pas Miyazaki à la barre, le public ne soutenait pas. Les années 2010 furent compliquées pour le studio entre la retraite de Hayao Miyazaki (puis finalement non) et les envies de diversification du studio (on pense à la production de la Tortue rouge). Ce fut une décennie durant laquelle le studio à chercher à se repenser. Car aussi se pose la question de l’après. Hayao Miyazaki n’est pas éternel mais son studio l’est (en quelque sorte), il a longtemps été question d’un successeur pour lui et pour reprendre le studio. Le studio s’est cherché des successeurs potentiels, on peut penser à Hiromasa Yonebayashi (Arrietty, le petit monde des chapardeurs, Souvenirs de Marnie) mais il a pris son envol pour crée le studio Ponoc, où encore Goro Miyazaki (Conte de Terremer, La Colline aux coquelicots) qui peine à se faire une place. Pour faire le parallèle avec un autre studio, lorsque Disney a fait son premier film en 3D, Raiponce en 2010, la critique avait salué la nouvelle direction du studio. Après, on ne va pas se le cacher, le studio aux grandes oreilles avait trouver son style et son genre dans ce renouveau graphique. On reconnait les films Disney des années 2010 avec le faciès de ses héroïnes avec leurs grands yeux remplis d’innocence, menton pointu (qui est d’ailleurs quasi le même à la longue). Mais au moins, le rendu était propre et encourageant, du coup la transition fut bien menée, sans effort, tout en douceur. Mais ici ce n’est pas le cas, cette nouvelle technique ne réussit pas à dégager ce que nous faisait ressentir les films Ghibli avec la 3D et le studio semble manquer d’une vraie patte graphique dans tout ça. Je pense qu’il ne faut pas empêcher un studio de tenter de nouvelles choses afin qu’il puisse explorer son plein potentiel cependant cela doit être fait dans une certaine harmonie. Car même en 3D, Aya et la Sorcière ne nous fait pas ressentir la magie du studio Ghibli.

UNE MAGIE QUI N’OPERE PAS

Le film a au moins le mérite de reprendre quelques canevas du studio : on se retrouve avec une jeune fille qui est mise en esclavage, pardon, qui découvre le monde du travail. Aya devient l’apprenti de Bella Yaga. Le caractère de l’héroïne peut en rebuter plus d’un : elle est têtue, un peu chipie sur les bords et adore qu’on lui obéisse. Pour ma part, il m’a fallu un temps d’adaptation mais cela ne la rend pas détestable pour autant. Au bout d’un moment on s’y attache presque parce qu’elle mène l’action, elle ne se laisse pas faire. Un des reproches que j’ai à faire au studio (oui parce que les films Ghibli ne sont pas forcément parfaits) c’est le caractère monolithique de certains d ses personnages avec une personnalité extrêmement classique, quand ils ne sont pas inintéressants au possible. Cependant dans ce film, au moins on sent qu’il y a de la vie qui émane d’Aya. Avec sa vie qui se retrouve bouleversé, on pourrait penser qu’on allait assister à plus d’aventures de la jeune fille et…pas vraiment. Car Aya passe la majorité du film à vouloir devenir une apprentie sorcière. Car elle n’est pas une apprenti sorcière. Je veux dire Bella Yaga l’utilise uniquement comme bonniche mais elle ne lui apprend aucun sort. Et c’est tout. Entendons-nous bien, dans la plupart des films Ghibli, on assiste à la vie quotidienne des personnages, des scènes de vie pour qu’on apprenne à les connaître (la fameuse scène où un personnage cuisine des mets succulents qu’il y a dans la plupart des films Ghibli), c’est un rythme plus lent mais cela ne veut pas dire qu’il ne se passe rien, bien au contraire. Mais ici, le but du personnage semble peu consistant et ne permet de pas d’explorer tous les recoins où l’intrigue aurait pu aller. Car s’ajoute à cela, l’impression que le film passe à côté de son histoire. Effectivement, durant le film, un des mystères de l’intrigue, ce sont les origines d’Aya. La petite fut abandonnée devant un orphelinat accompagné par une lettre de sa mère qui est, nul sans doute, une sorcière. C’est une sous-intrigue placée en filigrane tout au long du récit mais jamais assez poussé pour qu’on est le pourquoi de son abandon. Même constat pour le passé de Bella Yaga et Mandrake, on revient dessus et on nous résume ce qui s’est passé pour eux, mais des questions subsistes quand même à la fin du film. Sans parler de l’univers de sorcière qui n’est expliqué que par demi-mots. Le reste c’est à laisser à votre imagination. De ce fait, il en résulte qu’il y a cette impression qu’on nous raconte une « petite » histoire au lieu de la « grande » histoire de cet univers, ce qui laisse beaucoup de frustration et des questions sans réponse.

Pour conclure, malheureusement, Aya et la Sorcière peine à convaincre. Le film n’est pas foncièrement mauvais mais pour au moins l’apprécier un peu, il faut oublier que c’est une œuvre du studio Ghibli et ne pas avoir d’attente. Et quand même cela reste en réalité un téléfilm qui fut diffusé à la télévision japonaise, le résultat reste tout de même trop médiocre. Cette redirection est pour l’instant assez bancale et interroge quant au futur du studio.

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