
Inside Job est la nouvelle série d’animation Netflix. On peut dire que la plateforme à la lettre rouge s’est entourée de pointure car la série fut réalisée par Shion Takeuchi mais aussi coproduit par Alex Hirsch, le papa de Souvenirs de Gravity Falls. Dans un monde où les théories du complot existent réellement, on y suit les aventures de Reagan, une trentenaire, qui travaille dans une organisation top secret, Cognito.Inc, qui tente de garder ses activités secrètes. Netflix a très souvent investi dans le domaine de l’animation pour adultes (on peut penser à Paradise Police ou encore à Désenchantée). Malgré quelques éclats comme Bojack Horseman, la plupart se retrouvent à être des œuvres au mieux passable, au pire complètement oubliable. Malgré la présence de plusieurs stéréotypes du genre, Inside Job réussit à tirer son épingle. Retour sur une série qui transpire les préoccupations du XXIième siècle.

UNE SÉRIE DANS L’AIR DU TEMPS
Vous l’auriez compris, les complots sont un peu la base des intrigues d’Inside Job. Les reptiliens ? Ils existent. Les Illuminatis ? Quelle question ! Et bien sûr, l’homme n’a jamais été sur la lune (merci Stanley Kubrick pour les travaux) et le président est en fait un robot que l’on peut contrôler. Cela donne presque l’impression que les créateurs ont fait un tour sur Reddit afin d’écumer les complots les plus populaires de ce début de siècle pour les mettre dans la série. Cela réveille un peu les fantasmes des complotistes sans vraiment se prendre au sérieux ou les questionner, ce n’est ni pour en rire ni pour les prendre au premier degré (sauf pour se moquer des platistes, faut pas déconner). Rajouter une bonne grosse dose d’humour décalé comme on en croise dans 99% des séries d’animation américaine et vous avez déjà un bon aperçu de ce que propose la série. Même si je dois préciser qu’en terme d’humour Inside Job s’en sort très bien, car l’humour sur lequel la série se repose peut paraître vu et revu. Mais il n’en reste pas moins efficace et bien dosé, entre absurdité et satire. C’est une série qui s’inscrit vraiment dans l’air du temps, c’est-à-dire : internet, les meme ou encore la nostalgie des années 1980. On retrouve aussi des sujets qui sont de plus en plus abordés par les nouvelles générations (dis comme ça, je me sens vieille) comme la santé mentale ou les capacités cognitives (on peut penser au fait que Reagan serait peut-être asperger comme le soupçonnent ses parents) ou encore les daddy issues de Reagan. On peut dire que c’est une série qui est calibré pour marcher car entre ses thématiques et ses références, le spectateur moyen n’est pas perdu. La série se paie le luxe de prendre un sujet comme le complotisme, qui à première vue, s’adresse à un public d’initié et qui se cache dans l’obscurité afin d’enlever de sa substance, l’ésotérisme, pour le rendre presque mainstream. On assiste à un spectacle où le divertissement prime sans que cela devienne une œuvre dénué de réflexion.

BIENVENUE EN ENF- JE VEUX DIRE, DANS LE MONDE DU TRAVAIL
Tout d’abord, Inside Job est une sitcom qui se déroule dans le monde du travail. C’est un genre qui a beaucoup évolué dans le temps, au début les sitcoms étaient souvent centrées autour d’une famille et de ses tracas quotidiens, cela se voulait universel et très feel good. Même si elles ont évolué par la suite et qu’elles montraient de plus en plus des familles dysfonctionnelles de la classe populaire (la série Malcolm en tête), les sitcoms ont évolué avec les préoccupations de son public, dans une société où le travail prend de plus en plus en place dans la vie privée et où les gens se marient (ou pas) plus tard et font des enfants (ou pas) plus tard car en quête d’une stabilité financière avant tout. Les producteurs se trouvaient de plus en plus soucieux à traiter du quotidien de cette nouvelle génération. Et c’est ainsi, que les créateurs d’Inside Job ont donné naissance à Reagan, une femme scientifique super-intelligente mais qui a du mal à sociabiliser. Tout le monde est d’accord pour dire qu’elle est compétente mais qu’elle est un peu « too much » quand il s’agit de son travail (en bref, elle fait peur quand elle est trop passionnée). On comprend très vite qu’elle est « trop » pour son travail (trop intelligente, trop compétente, trop productive) que cela accentue sa différence et sa solitude au sein de son équipe. Son génie en devient presque un fardeau par moment et accouplé à son nihilisme et sa solitude, cela peut presque passé pour de la folie (mais la evil Reagan a l’air trop cool). Ce qui fait qu’elle a du mal à se faire des amis parmi ses collègues ou à vraiment se faire considérer par son supérieur. Inside Job montre à quel point ce qui prime au travail c’est avant tout la coopération de groupe et bien s’entendre avec ses collègues et de sa hiérarchie, au détriment des compétences. Et cela est montré dès le premier épisode, Reagan est performante dans sa fonction mais elle manque de qualité relationnelle. De ce fait, c’est son collègue, un mec tout à fait random aka Brett qui gagne la promotion dont elle rêvait. Brett est le personnage lambda qui permet au spectateur moyen de s’identifier à lui. Il est tellement optimiste que cela tombe presque dans la candeur, un peu simplet mais attachant quand même. C’est donc le parfait « duo des contraires mais qui est en fait complémentaire » qui se présente. Ils sont accompagnés du patron qui pense plus au bien de l’entreprise et à son ascension personnelle qu’au bien-être de ses employés, des collègues qui sont en réalité des bras cassés et on ne sait comment ils font pour garder leur job. La serie respect bien le schéma des sitcoms du monde professionnel avec son héroïne un peu outsider, ses collègues étranges et son patron plus ou moins tyrannique. Ne correspondant pas au profil type de ce monde là, Reagan ne peut que bousculer cet univers.
En bref, Inside Job est une série parfaitement calibrée pour marcher. C’est une œuvre qui derrière un enrobage très classique des séries d’animation d’aujourd’hui, réussit à se montrer juste et pertinente dans ses thématiques. Avec un patchwork d’idées piocher dans la culture de ses contemporains, elle touche aux problèmes et aux habitudes de son public. Après une première saison qui nous présente bien ses personnages et son univers, on a hâte de voir comment tout ça va évoluer.
