
Luz à Osville est une série d’animation créée par Dana Terrace, qui a notamment travaillé sur des séries peu connues comme Souvenirs de Gravity Falls ou encore le reboot La bande à Picsou de 2017. Diffusée sur Disney Channel (RIP) en début 2020, elle raconte les aventures de Luz Noceda, une jeune adolescente assez marginale, qui aime tout ce qui est fantaisiste et magique. Un jour elle découvre un portail qui l’entraîne dans les Îles bouillantes, un monde magique peuplé de sorciers. Là-bas, elle rencontre Eda, la dame chouette qui la prend sous son aile. Avec ses nouveaux amis, elle va devenir une apprentie sorcière et apprendre, bon gré mal gré, à s’extirper des pétrins dans lesquelles elle se met. À première vue, il y a tous les ingrédients pour recréer un succès à la Gravity Falls, avec des personnages forts dans un univers singulier. Et cette recette fonctionna, Luz à Osville connut un certain succès et fut renouvelé pour une seconde saison supplémentaire. Malgré ce succès grandissant, Disney a décidé d’arrêter de diffuser la série et la troisième saison sera surement la dernière. Retour sur une série aussi marquante qu’éphémère.

DES PERSONNAGES AU CENTRE DE L’ACTION
Une chose que l’on peut dire, c’est que la série possède des personnages attachants. On peut commencer par Luz qui est une jeune fille intrépide, pleine d’énergie et qui est motivée pour devenir une sorcière. Elle possède des centres d’intérêt qui peuvent être perçus comme étant un peu bizarre dans le monde des humains. Mais dans les Îles bouillantes, elle réussit à trouver des amis qui lui ressemblent et qui l’acceptent tel qu’elle est. En soi, Luz est un peu dans la veine des héros qui sont un peu dork, pas les plus malins mais que l’on apprécie énormément. Ce genre d’héros qui veut absolument que tout le monde soit heureux autour d’eux et qui font tout pour arranger les problèmes des autres, quitte à désobéir et à se mêler de ce qui ne les regarde pas. Edalyne Griffépine, aka Eda aka la Dame à la Chouette est une sorcière malhonnête, menteuse, tricheuse et une hors-la-loi notoire, qui est recherché par les autorités. Mentor de Luz, elle n’en demeure pas moins surpuissante, elle n’a plus rien à prouver dans son univers. C’est typiquement le genre de mentor que j’adore dans les fictions : le genre mentor qui est un peu malfrat mais qui possède des qualités humaines. Elle semble avoir vécu mille vies et ne s’épanche que très rarement sur son passé (passé que l’on découvre au fur et à mesure de la série). Le trio se referme avec King, colocataire d’Eda, on dirait un chat avec un crâne sur la tête (comme un osselait). Et la seule chose que j’ai à ajouter c’est QU’IL EST TROP MIGNON. Son but est d’assoir son pouvoir (qu’il ne possède pas) et contrôler les gens. Il aime avoir de l’autorité mais le problème c’est qu’il y a un décalage entre sa personnalité, qu’il veut sombre et imposante et son physique tout mignon, on dirait un petit chaton trop chou qui veut se faire passer pour un lion. Et pour finir, je ne pouvais pas omettre le personnage le plus intéressant de la série sans mentionner Amity Blight. C’est un de mes personnage préférés : au premier abord elle est froide, très studieuse et elle n’apprécie pas Luz, très clairement, elle la repousse. Mais on comprend qu’elle subit beaucoup de pression de la part de sa riche et influente famille. C’est une jeune fille qui travaille très dure pour respecter les attentes que les autres places sur elle. Elle s’entraine très dure pour être talentueuse et être classé parmi les meilleurs élèves. Mais petit à petit, elle se déride et s’ouvre un peu plus aux autres, on sent qu’elle n’est pas une mauvaise personne dans le fond. Grâce à Luz, elle apprend à s’ouvrir aux autres et les deux deviennent des amies, voire plus avec affinités.
Il est vrai que de prime abord, Luz à Osville peut paraître très basique dans ce que cela raconte. On est complètement dans la veine des dessins animés des années 2010 avec des personnages ayant des caractères décalés qui vivent dans un univers fantastique où tout est aussi décalé avec une bonne dose d’humour. Beaucoup de thèmes, en somme tout à fait classique, sont abordés comme la quête de soi, trouver sa place dans le monde, la famille (je pourrais faire un article entier sur les relations Eda et Lilith, Amity et ses frères et sœurs qui sont des petits c*ns ou encore la fabuleuse relation entre Luz et Eda qui prouve à elles deux que la famille se choisit aussi). Mais ses personnages offrent une autre dimension à la série. Ils sont extrêmement bien écrits, ce qui ne dérange pas quand certains archétypes apparaissent à l’écran.

LA MYTHOLOGIE DE LA SORCIERE
Un des autres points forts est l’incarnation du mythe de la sorcière (oui car c’est le mois des sorcières sur le blog, je ne sais pas si vous l’aviez remarqué). Et le fait de revisionner certaines œuvres m’a fait prendre conscience de tous les tropes de cette figure mythique. La sorcière n’est plus vue comme une vieille femme avec un nez crochu, tout de noir vêtu et accroché à son balai. Cette représentation a été complètement dépoussiéré et remis au goût du jour. Avec le féminisme du XXIème siècle, la sorcière est même devenue un emblème de la libération de la femme. Cette représentation, autrefois, ostracisante, voire carrément oppressante pour les femmes, fut reprise comme « arme ». Tout d’abord dans la sorcellerie, ses adeptes sont souvent des femmes évidemment (je ne vous apprends rien, je sais). C’étaient les femmes qui étaient, avant tout, accusées de sorcellerie durant les siècles précédents. Et dans Luz à Osville, on retrouve cette prédominance féminine dans le casting, en ayant en majorité des personnages féminins. Cette domination féminine donne lieu à des relations féminines fortes qui rappellent les coven, un mot latin qui signifie « rassembler » et souvent utiliser pour parler des rassemblements de sorcières. Ainsi, ensemble elles pouvaient se transmettre leur savoir. C’est un canevas souvent utiliser : Luz est l’apprentie d’Eda, tout comme dans les W. I. T. C. H apprenaient de la grand-mère d’Hai Lin, ou encore Dora la vieille dame qui vit avec les parents de Kiki dans Kiki la petite sorcière. C’est un savoir uniquement transmissible par les femmes. Même si les sorcières ont longtemps été vus comme de suppos de Satan, aujourd’hui on les confère volontiers des connaissances dans de nombreux domaines. On se rend compte qu’en réalité elles étaient des femmes savantes et qu’elles occupaient des postes de science, elles étaient sages-femme ou encore guérisseuses. Proche de la nature, elles avaient des connaissances sur les plantes et les remèdes. Il y a cette image des femmes en communion avec la nature que l’on retrouve aussi dans la série, notamment dans l’épisode où Eda demande à Luz d’observer l’île et comprendre la nature, de faire qu’un avec elle. Une fois fait, Luz peut commencer à accéder à un savoir et surtout elle peut commencer à maîtriser ses pouvoirs, parce qu’elle comprend d’où ils proviennent. Ironiquement, on peut aussi remarquer qu’Eda correspond à l’image de la sorcière classique. C’est-à-dire que c’est une femme d’âge mûre qui vit seule (donc qui est indépendante) avec ses « animaux » (King et Boubou le heurtoir à tête de chouette et il faut rappeler que la chouette est un animal nocturne rattaché à la sorcière). Et elle est aussi rejetée par sa communauté, surnommée « la dame à la chouette » et elle est complètement mis à l’écart du groupe. Pour autant toute cette imagerie, elle la reprend pour mieux l’embrasser : elle est une sorcière puissante qui ne craint personne et qui surtout est en totale autonomie. La série se permet de reprendre le mythe de la sorcière et de le moderniser, en étant en adéquation avec les mentalités de ses contemporains.
Luz à Osville est une bonne série d’animation jeunesse. Elle est remplie de qualité mais malheureusement souffre d’avoir été produit au mauvais moment : la chaîne Disney Channel ne faisait que perdre de l’audience, face à la monter des réseaux sociaux, les plus jeunes préfèrent suivent des influenceurs d’internet mais surtout l’arrivée de Disney + changer les plans de la firme aux grandes oreilles, la série passe alors à la trappe. Il n’en reste pas moins que c’est une bonne à découvrir et re-découvrir.
