
Aya de Yopougon fut sorti dans nos salles françaises en 2013. Ce film est l’adaptation de la bande dessinée du même nom et qui fut créée par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie. Multi-casquette, ce sont eux qui ont aussi réalisé le film, produit par Autochenille Production co-fondée par Oubrerie lui-même. Par ailleurs, l’intrigue du film retrace les deux premiers tomes de la BD. A savoir que l’histoire se déroule à Yopougon, surnommé Yop City, un quartier populaire d’Abidjan, dans les années 1970. On suit Aya, une jeune femme de 19 ans qui rêve de devenir médecin. Si la jeune fille a la tête sur les épaules et qu’elle est plutôt « sage », ce n’est pas forcément le cas de ses deux copines, Bintou et Adjoua, qui ne pensent qu’à sortir faire la fête et à faire la chasse aux maris. Entre sa famille et ses amis qui n’en font qu’à leur tête la jeune femme n’a pas un quotidien de tout repos.
DES HEROINES CHOCS
Aya est, certes, le personnage principal de ce récit mais elle est plutôt le témoin de son quartier car elle n’est pas au cœur de l’action. Elle est sage et perspicace, elle sait ce qu’elle doit faire pour atteindre ses objectifs. Contrairement à ses deux amies, elle pense avant tout à sa carrière, c’est par ce moyen qu’elle veut s’en sortir. De ce fait, elle ne laisse pas impressionner par les hommes qui pensent l’appâter grâce à leur charme ou leur argent car elle sait qui elle ne veut pas fréquenter. En résulte le fait qu’elle est surtout placer comme conseillère ou une confidente, elle est la personne sur qui on peut compter. Oui, ses amis vont lui dire qu’elle n’est qu’une donneuse de leçon, qu’elle peut être casse-pied mais elles savent pourquoi elles vont la voir en premier lieu comme son amie Bintou qui va la voir et qui est tout son contraire. Elle est belle et elle sait qu’elle plaît, c’est pour cela qu’elle utilise ses charmes afin de trouver un très bon parti. Elle va essayer de mettre le grappin sur Moussa, un riche héritier, qui est en réalité un boulet pour ses parents. C’est une jeune femme insouciante qui a envie de s’amuser et de profiter de la vie. Mais pour elle, sa porte de sortie c’est avant tout son physique. Quant à Ajdoua, c’est un peu comme pour Bintou, dans le sens où elle espère trouver un mari fortuné pour assurer son avenir mais elle est moins futée qu’elle. Elle se retrouve enceinte et un doute sur l’identité du père subsiste. Ce sont des héroïnes différentes mais complémentaires qui permet d’obtenir une vision plurielle de leur environnement.

UN TOUT AUTRE REGARD SUR L’AFRIQUE
La première chose que l’on remarque dans Aya de Yopougon, c’est le point de vu. On nous plonge d’entrée de jeu dans une Afrique auquel nos yeux d’Occidentaux ne sont pas habitués : on nous montre une jeunesse qui vit avec ses rêves et ses problèmes mais aussi tout un quartier qui grouille de vie. On est loin des documentaires larmoyants et misérabilistes sur la pauvreté et la misère. Ici, la population sorte, fait la fête, il y a des scènes de ménage, des embrassades et des engueulades. Il y a une pluralité de personnages qui le permet. Ce qui crée un véritable sentiment de proximité, car les personnages sont traités comme des personnes et non comme des petites choses dont il faut avoir pitié, c’est une position d’égal à égal. Il y a un autre regard qui est porté qui rend toute l’œuvre plus humaine et plus universelle. On nous présente les choses dans leur simplicité (ou complexité), sans jugement, juste comme une constatation. Par exemple, la société dans lequel Aya vit est très traditionnel et patriarcal, un père de famille n’aura aucun scrupule à lever la main sur sa fille s’il considère qu’elle a désobéi. On se retrouve dans une grande diversité, dans une pluralité de vie. Il y a des gens pauvres, qui galèrent qui doivent aller sur le marché pour subsister comme Ajdoua et d’autres qui sont riches et qui vivent des palaces comme Bonaventure Sissoko, un riche homme d’affaires qui a fait fortune grâce à sa marque de bière (et accessoirement il est le père de ce bon à rien de Moussa).
Une sincérité dans le film, on ressent vraiment une volonté de retranscrire avec la plus grande des fidélités l’atmosphère de ce quartier à cette période. Cela passe par plein de détails tels que les expressions utilisées, le phrasé des personnages qui sonnent typiquement comme en Afrique de l’Ouest, les maquis qui sont des lieues de points de rendez-vous immanquable. Cela est aussi aidé par les comédiens de doublage qui font un travail remarquable. Cela se ressent qu’il y a eu un vrai soin quant au choix des acteurs qui allaient prêter la voix aux personnages et c’est un plaisir de constater que tous sont africains ou afro-descendants. On peut noter le timbre frais et vif d’Aïssa Maiga qui prête sa voix à Aya ou encore à Claudio Tagbo qui joue la mère de Bintou et la secrétaire du père d’Aya. Vous l’auriez compris, il n’y a pas de grosse intrigue à proprement parler, c’est tout simplement une tranche de vie, une fenêtre ouverte sur ces personnages et leur quotidien. Ce qui est assez marquant car la fin du film, qui est plutôt douce-amère, laisse un goût d’inachevé mais cela reste bien au contraire car cela colle à l’identité du récit. Cela donne l’impression que la vie continue malgré les hauts et les bas (et d’acheter le tome 3 de BD accessoirement). Il est dommage que l’animation soit un peu limitée et minimaliste, avec des personnages un peu trop statiques par moments mais il y a de bonnes trouvailles et des idées sympathiques comme le fait qu’à chaque fois que les personnages regardent la télé ce sont des images live avec de vrais êtres humains.
Pour conclure, Aya de Yopougon est un film léger qui se laisse facilement regarder. Le film nous offre une vue dans la vie quotidienne de ses personnages qui dépayse tout en nous faisant sentir proche d’eux. Il fait partie de ses adaptations qui donnent envie d’en savoir plus sur l’œuvre originale, ce qui en fait automatiquement un film et une adaptation réussis, alors n’hésitez plus et foncez le voir !
