Yasuke : un potentiel gâché

Yasuke est une série américano-japonaise sorti le 29 avril sur Netflix. Produite par MAPPA, réalisé par LeSean fucking Thomas (The Boondocks, Avatar : La Légende de Korra ou encore la série d’animation Cannon Buster qui se trouve aussi sur Netflix), cette œuvre avait tout sur le papier pour être la série d’animation phare de cette année. L’histoire nous plongeait dans un Japon médiéval, dans lequel un samouraï noir doit protéger une jeune fille aux pouvoirs surpuissants de malfrats qui veulent la capturer. Malgré l’équipe de choc composé d’un réalisateur et un studio qui ont fait leurs preuves et d’une certaine curiosité qui accompagnait le projet, à sa sortie, tout le monde semblait se désintéresser de l’histoire de notre cher samouraï. Deux mois après, une question perdure toujours : pourquoi Yasuke a « floppé » ?

UNE MAUVAISE ADAPTATION

Tout d’abord il est a rappelé que Yasuke a vraiment existé. Eh oui, Yasuke était un esclave noir importé par des Jésuites au Japon durant l’ère Sengoku. Il se fait très vite remarquer, par son physique et son habileté au combat. Ce qu’il fait qu’un daimiyo (chef de guerre) pas comme les autres, Oda Nobunaga, décide de le prendre sous son aile et fait de lui son serviteur puis son samurai. D’après les sources, après une bataille Nobunaga, se fait trahir par un des siens, Akechi Mitsuhide, et y perd la vie en se faisant seppuku. Yasuke rejoint le fils héritier de son ancien maître dans son château mais ce dernier se fait aussi tuer lors la prise du château Oji. Officiellement nous n’avons que peu de traces de Yasuke après cette bataille. La série animée décide donc d’utiliser cette base et de placer son intrigue vint ans après. Yasuke est devenu un homme reclus dans un petit village japonais. Cependant après certains évènements, il prend une jeune fille ayant des pouvoirs magiques, sous son aile. Il doit la protéger coûte que coûte contre ceux qui lui veulent du mal. Et c’est là où les problèmes commencent. A titre personnel, je ne pense pas qu’une adaptation doit être forcément 100% fidèle à l’œuvre qu’il adapte pour être une bonne adaptation et je n’ai rien contre le fait de refaire une histoire en incorporant ses propres éléments, car cela peut permettre de donner du caractère et un ton unique à une œuvre. Cependant cela ne veut pas dire transformer au point de dénaturer ladite œuvre. Selon moi, et encore plus quand il s’agit d’œuvres adaptées de faits réels, il faut garder l’essence même de ce qu’on adapte. Car dans Yasuke, je ne comprends pas le point d’adapter une histoire aussi originale sur le papier pour la rendre aussi générique. Ils auraient pu garder la même histoire et changer juste le titre qu’il aurait aucune répercussion à ce qu’on voit à l’écran. Et c’est dommage, car pleins d’éléments promettaient d’être cools et intéressants à voir : un samouraï noir durant la période médiévale japonaise, sans forcément traiter du racisme ou la xénophobie. L’histoire traite du changement, des bouleversements sociaux et tout ceci aurait pu être palpitant à suivre mais tout ceci est empêtré dans une intrigue assez stéréotypée malgré un univers prometteur. La série n’est pas une adaptation parce qu’elle s’éloigne de l’histoire d’origine mais parce qu’elle n’arrive pas à sublimer l’histoire de base.

UNE INTRIGUE GENERIQUE À SOUHAIT

L’histoire de Yasuke se passe dans un monde qui se veut particulier. Nous sommes durant la période Sengoku qui est une ère majeure au Japon durant laquelle il y avait beaucoup de crises sociales et politiques ainsi que des conflits militaires. Placé son intrigue ici n’est clairement pas une mauvaise idée. Nobunaga devient le représentant de tous ces bouleversements, il peut apparaître excentrique pour certains : il considère Yasuke presque comme son fils, alors que c’est étranger, il promut une femme au rang d’onna bugeisha, une femme combattante et il a un amant, contrairement au personnage d’Akechi Mitsuhide qui représente le Japon traditionnel. A travers ce personnage, c’est tout le Japon en mouvement qui est illustré. Le pays est en proie au changement, que ce soient des influences extérieurs (comme les mechas et les jésuites importer par les Occidentaux) ou intérieurs. Autant vous dire que tout ceci n’est pas au goût de tout le monde. Le background était propice à nous promettre quelque de captivant sur les plans politiques et sociaux mais tout ceci s’est effondré dans des tropes vus et revus.

Imaginez un homme assez bourru, très solitaire et qui repousse toutes personnes cherchant à interagir avec lui, qui est généralement est un combattant hors-pair/as de la gâchette/épéiste de génie (choose your starter) et qui doit protéger un enfant innocent des méchants très méchants et parfois cet enfant a des pouvoirs ? Vous l’avez ? Oui, c’est un trope que l’on retrouve souvent. Yasuke est un énième être solitaire et qui est encore hanté par un passé traumatisant puis il va apprendre à s’ouvrir aux autres, à aller de l’avant et le pouvoir, hum, je voulais dire le sens de l’amitié. Tandis que Saki une petite fille douce et gentille, qui va apprendre à contrôler ses supers pouvoirs. Tout est prévisible, dès les premières apparitions de certains personnages, on devine quel rôle leur est attribué, qui sera le mentor au grand cœur, qui sera le traître etc. Les personnages parlent et vivent, ils leur arrivent des choses mais ils ne sont pas spécialement attachants. Ils ne représentent qu’un archétype de plus. Les scénaristes avaient de l’or entre les mains et auraient pu créer une œuvre qui sort de l’ordinaire mais on prit les aventures de Yasuke pour le faire rentrer dans un moule commun.

Vous l’auriez compris, Yasuke laisse un goût d’immense gâchis derrière soi. Il avait tous les éléments pour devenir une série incontournable, presque à la hauteur d’un Samourai Champloo ou d’un Vagabond. Mais l’intrigue se prend tous les clichés de manière bête et mécanique. Et c’est dommage car on ressent de l’investissement dans la série. Certes, je n’irai pas jusqu’à dire que Yasuke est mauvais : si vous recherchez juste une série d’animation avec des sabres, un peu de baston, dans un univers qui est assez sympa et le tout sans prise de tête, allez-y, cela se termine rapidement. Mais pour les autres, passez votre chemin.

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