Raya et le dernier dragon: entre stéréotype et originalité

Au début du mois de juin est sortie la dernière production Disney, Raya et le dernier dragon, réalisée par une équipe de choc composé de Don Hall, Carlos Lopez Estrada, Paul Riggs et Jon Ripa et sous le scénario de Adele Lim et Qui Nguyen. Tant attendue, puis maintes fois repoussées, la nouvelle création de la firme aux grandes oreilles est finalement diffusée sur la plateforme Disney +. Raya et le dernier Dragon s’inscrit dans une volonté de la part du studio de diversifier ses histoires et ses personnages. Ainsi, l’intrigue se déroule dans un univers aux différentes inspirations asiatiques. Si la forme semble être exotique et alléchante, le fond semble s’embourber dans une énième quête initiatique. On peut légitimement se demander qu’en est-il en réalité?

MYTHES ET HEROS

Au-delà du fait que ce sous-titre doit être sans équivoque pour les plus vieux d’entre vous, Raya et le dernier dragon est fortement imprégné par cette mouvance de Disney qui veut proposer des princesses « fortes » et « indépendantes » dans un cadre exotique, qui sort du monde occidental. Et pour ce faire qui de mieux que Don Hall, le papa de Vaiana : La légende du bout du monde (ou Moana pour les puristes) pour incarner ce renouveau ? Tout comme son prédécesseur le film s’ouvre sur l’histoire d’un mythe : celle du royaume de Kumandra, autrefois unifié, dans lequel humains et dragons vivaient en harmonie. Cependant, le Drunn, une force maléfique, apparut et ravagea tout sur son passage, pétrifiant tout être vivant. Sisu, la dernière dragonne, créa « la Pierre du Dragon » qui grâce à sa puissance repoussa le Drunn et ramena tout le monde à la vie. De là, les humains créèrent cinq royaumes, tous portant le nom d’une partie d’un dragon (Croc, Cœur, Dos, Griffe et Queue) dont chacun convoitent la pierre. Lors d’une dispute entre ces royaumes, la pierre est brisée en cinq morceaux et le Drunn réapparait. C’est après ce résumé un peu lourd que le spectateur est projeté dans cet univers inspiré de l’Asie. En effet, que ce soit dans les costumes, l’ethnie des personnages ou leur façon de vivre tout respire l’Asie du sud-est. On peut même entendre des termes vietnamiens ou d’autres langues asiatiques tels que « dep la » ou encore « binturi » qui semble être une insulte. On peut aussi noter la participation de Kelly Marie Tran (vu dans Star Wars, la postlogie) ou encore la rappeuse Awkwafina dans les rôles respectifs de Raya et de Sisu. En France, nous pouvons nous contenter d’Emilie Rault et de Géraldine Nakkache. De plus, même les thèmes musicaux nous transportent en Asie mais ils restent assez timides. C’est un peu dommage pour un film se déroulant plus ou moins dans cette région du monde de n’avoir aucune musique réellement marquante.

Dans le but de se moderniser, Raya et le Dernier dragon est le premier film Disney ayant une princesse dans le rôle principal qui ne comporte pas de numéro musical. Sans doute, dans le but de conserver le ton sérieux du film et ne pas casser le rythme. Nous pouvons carrément noter que le côté musical de Disney tend à disparaître progressivement.  Toujours dans cette mouvance de paraître plus « progressiste » , comme pour Vaiana, il n’y a pas de romance (enfin, ça c’est selon chacun) ou encore il y a une volonté chez la firme de ne pas se prendre au sérieux, tout du moins de casser les grands « mythes ». Par exemple il y a une démystification des légendes. Il est vrai que les dragons sont respectés, leur mythe est transmis de génération en générations, on peut dire qu’ils sont perçus presque comme des divinités. Cependant on peut penser à Sisu, la dernière dragonne qui dans les légendes semble être avoir une aura presque mystique et mystérieuse avec une certaine grandeur alors qu’elle est bien plus loufoque et maladroite lorsque Raya la découvre. Mais aussi, on ressent forcément l’influence de Vaiana là-dedans, car c’était aussi le cas du dieu Maori qui était bien plus beau parleur et imbu de sa personne que les légendes autour de le laissait paraître.

NI GENTIL NI MECHANT

Raya et le dernier dragon s’inscrit dans la volonté de Disney de créer des personnages plus complexes qu’il n’y paraît. En effet, depuis plusieurs années, les méchants ne sont pas forcément ceux que l’on croit ou encore qui on croit. Ainsi, la relation Raya/Namaari est jalonnée par des hauts et des bas. Au départ, on pourrait penser qu’elles pourraient être amies mais Namaari trahi Raya (ceci n’est pas un spoil, cela apparaît dans les dix premières minutes du film) et cela apporte de réelle conséquence pour les deux personnages. Pour Raya, cela la conforte qu’il vaut mieux pour elle de rester seule. Certes son père voulait lui inculquer des valeurs d’unité et de solidarité mais cette trahison est une leçon pour elle. C’est pourquoi dès le début du film nous pouvons remarquer qu’elle est solitaire et débrouillarde car c’est comme ça qu’elle pense survivre et atteindre son but. Pour Namaari, cette trahison était nécessaire pour elle. Car elle n’agit pas par pur égocentrisme mais avant tout pour aider son peuple. Et c’est frappant dès le commencement du film lorsqu’elle dit à Raya qu’elle n’a pas mangé de riz depuis longtemps. Cela montre qu’il y a des carences dans son royaume, certaines denrées sont rares. C’est vrai qu’elle peut apparaître tantôt gentille tantôt méchante mais elle pense d’abord à ses intérêts et ses intérêts sont ceux de son pays. On est loin d’un Scar qui voulait être roi pour le statut et qui est un mauvais gestionnaire laissant les membres de son royaume mourir de faim. On peut conclure que la relation Raya/Namaari est sans aucun doute l’une des relations protagoniste/antagoniste les plus intéressantes de Disney car en tant que spectateur on sait que dans d’autres circonstances, elles auraient été amies.

Et c’est là que le message du film intervient. Car le film délivre un fort message de solidarité. Tout d’abord, le nom des cinq royaumes qui sont une référence au chaque membre d’un dragon forme un ensemble, un corps. Ces cinq unis forment un tout, quelque chose de plus grand. Et pour que cela puisse être possible, il faut commencer par se faire confiance. C’est ce que notre héroïne va apprendre lors de son périple. Au départ, elle voyage seule, seulement avec son animal fétiche (la nouvelle mascotte pas mignonne de Disney), puis au fil de ses aventures, elle rencontre des gens, de tous horizons qui deviennent ses alliés, puis ses amis. Des gens sur qui elle peut compter car elle se rend compte qu’ils ont bien plus en commun qu’elle pouvait le penser. Comme elle, ils ont des choses à défendre, des personnes à aimer et à défendre. C’est seulement ensemble qu’ils peuvent y arriver car c’est l’égoïsme et la vanité humaine qui crée des divisions. Ainsi, les personnages s’apprennent les uns aux autres :  le père de Raya est le premier à lui enseigner et à lui montrer ce à quoi devrait ressembler le monde : un lieu d’unité où tout le monde pourrait vivre en étant uni et en harmonie les uns avec les autres. Et Sisu va le lui rappeler. Ce message, elle va le porter et le transmettre à son tour pour montrer que le meilleur peut jaillir en chacun d’entre nous.

Vous l’auriez compris, Raya et le dernier dragon est un film classique de chez Disney comme on les aime. Certes l’intrigue est vue et revue mais elle reste plaisante à suivre et les personnages sont, comme toujours, très attachants. La recette est la même mais elle fonctionne avec une pointe d’exotisme, certes, pour cacher le manque d’originalité de la forme. Le scénario s’autorise à nous surprendre et à nous emmener par moments là où on ne s’attendrait pas. Raya et le dernier dragon est une œuvre qui se regarde, certes qui n’est pas un chef-d’œuvre mais qui mérite un peu plus d’engouement qu’il en a en ces temps difficiles.

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