Voyage vers Lune de Glen Keane, est-ce le film « Disney » de Netflix?

Ce mois-ci sonne le grand retour de Glen Keane qui a réalisé Voyage vers la Lune en collaboration avec Netflix. Après plus de 30 ans de bons et loyaux services chez Disney, il a quitté l’entreprise en 2012. Il a été un pilier de la 2ème vague en participant à la création d’Ariel la petite sirène ou encore en animant Tarzan. C’est lui qui a fait bifurquer la firme vers l’animation 3D en tenant les rênes du film Raiponce. Après avoir réalisé quelques projets plus courts, l’animateur phare de la firme aux grandes oreilles revient vers du long-métrage. Voyage vers la Lune se trouve être son premier film en tant que réalisateur et il est donc intéressant de voir ce qu’il allait apporter. L’histoire raconte les aventures de Fei Fei, une jeune fille qui décide de partir sur la Lune, à la recherche d’une déesse légendaire que tout le monde pense oubliée.  

LA CULTURE CHINOISE MIS A L’HONNEUR

Dès les premières minutes du film, le spectateur est introduit en Chine et cela s’en ressent. En effet, le spectateur est plongé dans une légende qui est contée par la mère de l’héroïne. La mère raconte l’histoire de Chang’E, une femme magnifique vivant le parfait amour avec Houyi, un archer preux et courageux. Cependant ayant avalé un flacon d’immortalité, celle-ci se retrouve forcer à vivre sur la Lune, là où elle ne peut redescendre. Elle est donc condamnée à pleurer son amour perdu. On peut noter qu’il y a un maintien de la culture et de la tradition par la transmission orale. De même les personnages, vendent des gâteaux traditionnels, appelés des moonscakes, qu’ils vendent dans leur quartier. A travers la nourriture, ils créent des liens, amenant une légèreté et un partage autour d’eux, que ce soit le partage dans le cercle familial ou encore le partage avec le voisinage. Par ailleurs, les scènes de préparation des gâteaux sont extrêmement plaisantes à regarder, tant elles sont réalisées avec soin et douceur, fourmillant de détail. Mais les scènes de préparation des repas dans l’animation sont toujours des mini chefs-d’œuvre (en plus de donner faim). Les scènes de repas permettent de montrer autant l’harmonie entre les différents personnages que les désaccords comme la scène de désaccord entre Fei Fei et sa famille car la jeune fille croit en l’existence de la déesse de la Lune.

UN STYLE DISNEY POUR LE MEILLEUR… ET LE PIRE

Comme vous l’auriez compris Glen Keane à travailler pour Disney pendant de longues années et dans le film cela s’en ressent trop. Beaucoup trop. Certains personnages sont trop stéréotypés et possèdet des fonctions convenues : on a le pseudo comic relief (qui ne fait pas rire) ou le demi-frère un peu insupportable et un peu hyper actif à toujours voir faire mille activités différentes. Ou encore la mascotte hyper mignonne du film (ici qui prend les traits d’un lapin) qui donne l’impression que le film a été fait pour vendre des peluches. D’ailleurs même les « gardes » de Chang’E sont mignons dans ce film, ils ont l’air tellement inoffensifs et que les scènes où ils sont censés représenter une menace cela ne fonctionne pas tant que ça. Par ailleurs, c’est un film musical. Alors oui certes, un film d’animation a le droit d’avoir des séquences musicales dans son histoire mais Disney en a fait sa marque de fabrique et la manière dont s’est amené ne trompe pas. Les musiques sont sympathiques sans être transcendantes, ce sont des balades qui permettent de caractériser les personnages ou de faire avancer l’histoire. Il est intéressant de voir l’évolution du genre musical dans le film. On passe des petites balades à un style plus moderne de type dance pop lorsque Chang’E apparaît pour la première fois face à l’héroïne. Et on peut dire que son évolution est perceptible. C’est annoncé dès les premières notes : elle n’est plus la déesse douce et calme qu’elle était autrefois mais une femme beaucoup plus sûre d’elle, voire même arrogante, ce qui crée un décalage avec ce qu’on pouvait s’imaginer d d’elle.

Il est intéressant de voir Chang’E est un personnage plus complexe qu’elle n’y paraît. Elle passe de déesse, à l’antagoniste puis on finit par comprendre que ce n’est qu’une femme meurtrie par la perte d’un être cher. Depuis les années 2010, dans les studios Disney/Pixar on est dans une volonté de montrer des « méchants » moins unilatéraux, plus complexes, qui sont à la base des « gentils » qui ont mal tourné. On peut penser à Vaiana et à son plot twist finale ou à Toy Story 4 et à l’évolution du caractère de Gaby Gaby. Fei Fei et Chang’E se ressemblent beaucoup plus qu’elles ne le pensent. Toutes les deux ont perdu un être aimé et toutes les deux n’arrivent pas à accepter et à aller de l’avant. Fei Fei rejette la nouvelle compagne de son père ainsi que son demi-frère. Elle se montre en total décalage avec son entourage comme le montre la scène de repas, les choses ont changé et elle n’arrive à pas accepter le changement, à trouver sa place dans sa nouvelle composition familiale. Tandis que Chang’E apparaît comme plus aigrie et plus calculatrice, comme si son cœur s’était refroidi depuis la mort de Houyi. Mais ensemble, elles apprennent l’une sur l’autre et à se relever. Elles finissent par accepter le changement, accepter un lâcher prise, on ne peut pas tout contrôler, qu’il ne faut pas rester enfermer dans le passé mais qu’il faut continuer de vivre.

Malgré tout, le film n’est pas mauvais en soi. Il y a les bons côtés bien sûrs : les personnages sont attachants, Fei Fei est une petite fille volontaire et dynamique, tout ce qu’il y a de plus classique, n’hésitant pas à être courageuse quand il le faut, la morale y est touchante, l’univers lunaire y est présenté comme pop et coloré et je ne peux que mentionner la magnifique séquence en 2D qui présente la légende de Chang’E. Mais comme vous l’auriez compris mais venant de Glen Keane et produit par Netflix (et vous pouvez dire ce que vous voulez, les productions en animation sur Netflix sont souvent de qualités), je m’attendais à mieux.

Vous l’auriez compris, Voyage vers la Lune est un film qui saura en transporter plus d’un dans une aventure sympathique à découvrir. C’est un film conventionnel et familial qui ravira les fans de Disney/Pixar. Le tout est sans prise de tête et divertissant mais qui souffre d’un manque d’identité évident et de prise de risque que ce soit dans la forme ou dans le fond.   Son côté trop classique fait ressortir un manque d’envergure et d’audace évident. C’est un film que je recommande toute de même car il permet de passer une bonne soirée mais si vous chercher quelque chose de plus pointu, passez votre chemin.

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