
Lupin III : The First signe le retour de notre gentleman cambrioleur préféré ! Distribué par la société Eurozoom en France et réalisé par Takashi Yamazaki, cette adaptation du manga éponyme de Monkey Punch est sorti cette semaine dans nos salles. Dans cette nouvelle aventure, le voleur doit s’associer une jeune femme, Laetitia afin de dérober un mystérieux livre, celui de Bresson, un célèbre archéologue, qui contiendrait des secrets, donnant à celui qui le déchiffre d’immense pouvoir. C’est une mission de taille pour notre héros car c’est d’autant plus une mission périlleuse car c’était un but que son célèbre grand-père, Arsène Lupin, avait tenté mais échoué. C’est la première adaptation en CGI pour la franchise. On peut se dire que c’est un risque quand on sait que la 3D japonaise ne convainc pas tout le monde et que cela peut en rebuter plus d’un… Alors est-ce un pari réussi ?
DES PERSONNAGES HAUT EN COULEUR

C’est une vraie bouffée d’air frais de retrouver un antihéros d’anime des années 80s comme on en fait plus c’est-à-dire joueur, avec un esprit cabotin, qui aime taquiner son entourage à l’instar d’un Ryo Saeba ou d’un Cobra. Lupin aime se jouer de ses adversaires et cela s’en ressent dans les scènes de courses poursuites avec Koichi Zenigata. a manière dont il réussit à chaque fois de s’échapper des griffes de ses adversaires est toujours plaisante à regarder tant cela mêle ingéniosité avec un brin de farfelu. Joueur et taquin, on s’attache très facilement à lui. Eh bien sûre, on ne peut penser à Lupin sans sa bande qui le sauve de toutes les situations même les plus extrêmes : Goemon avec son sabre, sa droiture et son humilité, Jigen qui est un véritable pro de la gâchette et semble toujours plus intéressé par le profit mais reste très loyal envers ses amis et Fujiko, fidèle à elle-même, elle utilise ses charmes pour s’en sortir mais démontre toujours son efficacité et qu’il vaut mieux se méfier des apparences avec elle. De même que l’inspecteur Zenigata, que l’on prend plaisir à retrouver: toujours obsédé par Lupin, voulant le coffrer à tout prix et faisant tout ce qui est en son pouvoir pour atteindre son but, jusqu’à parcourir la moitié de la planète pour l’attraper. C’est une relation inspecteur/voleur comme on en fait plus, qui est presque une hantise pour le premier et un amusement rempli de frisson pour le deuxième. L’inspecteur agit comme si le fait d’emprisonner Lupin serait un accomplissement ultime à ses yeux, le but ultime de sa carrière. Et même s’il crie sur tous les toits et qu’il traite Lupin comme s’il était l’ennemi public numéro 1 on ressent un profond attachement qu’il nourrit pour le voleur. C’est le genre de relation « attachiante » qui en apparence donne l’impression que l’un profite et l’autre subit mais qui en réalité stimule les deux hommes qui nourrissent un profond respect l’un pour l’autre. Leur relation est tel qu’elle est car les circonstances ne leur permettent pas de nouer une vraie amitié entre eux, ils ont un train de vie diablement opposé qui rentre en totale contradiction avec leurs valeurs respectives. Mais quand les circonstances l’exigent, ils savent qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre. Et comme nouvelle recrue, le spectateur découvre la jeune et innocente Laetitia, qui espère devenir archéologue. Elle représente le spectateur qui par ses yeux va découvrir en même temps qu’elle les personnages et l’univers qui l’entoure. A noter que le film s’adresse à tous, autant aux fans de la première que les néophytes. Pas besoin d’avoir vu l’animé des années 1980 ou d’avoir vu les 20 autres films pour apprécier ce petit bijou.
UN PAS VERS LA 3D POUR L’ANIMATION JAPONAISE ?
Alors que la 3D domine largement dans le cinéma d’animation occidentale, elle a encore du mal à trouver sa place chez nos confrères nippons. En effet, la 3D n’est pas totalement démocratisée dans l’animation japonaise et majoritairement, les films et séries sont produits en 2D, même si de plus en plus, il y a quelques œuvres en CGI qui sortent dans le le lot. Cependant, elles sont bien souvent critiquées négativement voir rejetées par le public. La CGI japonaise ne parvient pas à séduire tout le monde du fait qu’elle garde beaucoup de tique de la 2D et que ses défauts sont extrêmement voyants : manque de volume, trop plat, personnages qui semblent mal incrustés au décor, manque de texture. Bref, une 3D qui nous donne l’impression dégringoler la vallée dérangeante dès qu’on remarque un seul défaut. On peut penser à la série Berserk 2016 et l’expression faciale de Guts qui semblait trop figée ou encore à Ajin, qui, j’en suis persuadée, n’a pas connu le succès escompté car la série était réalisé en image de synthèse. Devant cet état de fait on pourrait penser que faire un film d’animation en 3D pour Lupin III était totalement risqué. Et pourtant le défit fut relevé haut la main ! L’animation est sublime et extrêmement bien réalisée. Dynamique, vive avec des scènes d’actions ébouriffantes et maîtrisées. Ce qui est plaisant, c’est qu’ils ont su garder le côté cartonnesque pour les personnages qui collent parfaitement à l’univers du film, avec une animation qui n’hésite pas à jouer avec la vitesse ou les ralentis, avec les poses ubuesques de Lupin et surtout les expressions faciales qui flirtent presque avec le style de Tex Avery. On ressent, jusqu’à dans son animation, les clins d’œil et autres hommages que le film a voulu laisser.
UN BRIN DE NOSTALGIE

En effet, pour commencer tout le film est tourné vers le passé. L’objectif numéro de Lupin est de réussir là où son grand-père à échouer afin de lui rendre hommage. Tout comme Laetitia, qui part de son rêve de devenir archéologue et d’autres aspects de l’intrigue possède une relation particulière avec les évènements d’antan. De ce fait, les personnages baignent dans une atmosphère remplie de nostalgie mais cela rentre en symbiose avec la forme du film qui lui-même qui n’hésite pas balancer des clins d’œil et à rendre hommage à d’anciens films ou genres cinématographiques. Bien sûre, on garde l’ambiance très dynamique du manga mais on n’hésite pas aussi à y ajouter d’autres caractéristiques. Tout d’abord l’intrigue débute dans un Paris des années 1960 avec ce côté fantasmé de la ville lumière, montrant ses toits et ses terrasses aux alentours des cafés. Je vous rassure, on est loin d’un Emily in Paris, mais cela reste tout même plus un Paris des cartes postales qu’autre chose. De plus, le ton reste le même avec une ambiance jazzy de la série et on continue avec un brin de folie : la démesure et absurde se marient parfaitement pour donner un rendu dynamique et frais (comme couper un camion en deux avec un sabre par exemple) comme on en fait plus. On ressent l’inspiration des films d’aventures des années 1980s à la Indiana Jones, avec l’esprit anti-héros, la quête des protagonistes qui finit par les dépasser en révélant un complot mondial, les voyages à l’autre bout du monde (ici Mexico et le Brésil) qui sont franchement dépaysants, les gadgets farfelus de Lupin et je pourrais continuer à en énumérer beaucoup. Tous ces éléments font partie intégrante de ce genre de film, familiale avec un rythme effréné, clairement on ne s’ennuie jamais ! Même un des antagonistes ose sortir la phrase la plus cliché du monde pour un « méchant » : « Je veux dominer le monde ». Cela fait tellement longtemps que je n’ai pas entendu un personnage dire ça que cela m’a fait sourire. Certes cela est devenu caricatural mais cela change des méchants actuels. Les antagonistes d’aujourd’hui sont pour la plupart des « gentils » qui possèdent une idéologie propre à eux mais qui ont par être aveugler en voulant aller dans les extrêmes, ils ont souvent de bonnes idées mais une mauvaise méthode d’exécution (coucou Thanos). Le film ne s’excuse pas d’être clichés par moment, bien au contraire, il embrasse les codes et les utilise à son avantage.
Vous l’auriez compris, Lupin III : The First est une totale réussite en tout point. C’est une œuvre penser pour tous, petits et grands, fan du manga ou non, féru d’animation japonaise ou non, tout le monde peut s’y retrouver. C’est une œuvre globale qui est drôle et divertissante. On est marqué autant par son fond que par sa forme. La CGI est impeccable et nul doute que cela va conforter d’autres studios à utiliser cette méthode. Cela peut ouvrir la voie à d’autres œuvres de ce type. Et si d’avantage de films de ce calibre réussissent (oui je pense à la sortie prochaine d’Aya et la Sorcière qui sera le premier Ghibli en image de synthèse), cela aura eu l’exploit de transformer l’essai en un succès qui marquera un tournant dans l’animation japonaise. Le film est distribué en ce moment dans nos cinémas, alors n’hésitez plus et foncez!