
Cet été encore, Netflix nous a sorti son dernier bébé. Créé par Ben Hoffman, la série se compose de 10 épisodes. Après les ados sulfureux de Big Mouth puis les airs blasés de Bojack dans la série éponyme, nous sommes envoyés dans un lycée lambda américain dans lequel Ben Hopkins, un prof de sport loser et irascible va essayer de transformer la bande bras cassée qui sert d’équipe de basket en dieu du terrain. Autant dire que ce n’était pas gagner d’avance.
Autant le dire dès le début, oui c’est encore une énième série d’animation satirique made in America avec beaucoup de sarcasmes, du trash et des aventures rocambolesques. On touille ça et envoie ça au public en se prétendant plus irrévérencieux qu’on ne l’est. Et pourtant dès le premier épisode on peut dire que Hoops ne révolutionne rien : on suit encore un homme (dois-je préciser qu’il est blanc, cis et hétéro ou ça fait trop SJW ?), célibataire et prof de sport qui doit entrainer l’équipe de basket de sa ville et composer avec l’aura de son illustre père, grand basketteur en son temps qui s’est reconvertit en tant que restaurateur dans la même ville. On suit encore un homme antipathique, égoïste, menteur (et parfois rajouter d’autres défauts), colérique qui pourrait lancer des fuck à tout le monde dans ses mésaventures et on nous demande d’avoir de l’empathie pour lui. Car oui, tout aussi aigri et chiant qu’il soit tout le monde le suit dans ses galères, même les plus réticents finissent par le rejoindre (et les plus faibles sont les premiers à en payer le prix). Il fait 1000 conneries en l’espace d’une saison mais au moment où il fait UNE bonne action, on devrait avoir la larme à l’œil et lui pardonner tout ce qu’il a fait.

Bien que célibataire, notre héros national est toujours amoureux de son ex-femme. Ils se sont rencontrés au lycée et ont vécu ensemble pendant une dizaine d’années avant que Shannon en ait marre et qu’elle demande le divorce et qu’accessoirement elle sort avec son meilleur ami (le meilleur ami de Ben et au vu de son tempérament je suis étonné qu’il le prenne aussi bien). Le personnage féminin, ici, ou en tout cas love interest du héros semble toujours plus réfléchi que le héros, plus droite, sachant ce qu’elle veut, à tel point que l’on se demande ce qu’elle lui trouve et comment cela se fait qu’elle soit restée aussi longtemps avec lui. Et comme tout bon héros blanc cis et hétéro, Ben a un problème avec son père. Il est vrai qu’il vit dans une ville dans laquelle son père est aimé et adulé de tous tandis que lui est vu comme un loser. Ce contraste ne fait qu’accentuer leur dualité et creuse un écart entre les deux hommes (enfin surtout du côté de Ben). Bien que son paternel soit toujours jovial et est prêt à aider son fils, ce dernier le rejette constamment. Ce sont les deux relations qui seraient intéressantes à observer dans les prochaines saisons.
Quant aux autres personnages, ils sont hauts en couleurs. Tout comme pour Springfield dans les Simpson, les codes sociétaux, le bon sens, la logique, semblent ne pas exister dans cet univers. Ce sont les personnages extérieurs qui font remarquer cela (petite pensée pour la psychologue scolaire qui est arrivé pour intervenir dans le lycée à l’épisode 5) . Et les personnages de raison ne sont que peu écouter, voire pas du tout, s’ils ne deviennent les dommages collatéraux des délires de Ben (petite pensée pour son son meilleur ami). Et 2020 oblige, la série essaie d’être la plus inclusive possible : on a des POC, un gay, un juif (on dirait le début d’une mauvaise blague), elle se veut variée sans pour autant tomber dans du militantisme. Et tant mieux car elle s’y perd quand elle veut aborder des sujets qui se veulent pointus. On pourrait penser au meilleur ami « black » (mdr on dirait une whity qui a écrit ça) qui est là, il est plus marqué par sa fonction de meilleur ami et de soutien pour le héros : il reste aux côtés de Ben, malgré cela lui apporte des ennuis. Il est empêtré dans le rôle du meilleur pote qui n’est là que pour porter le héros vers son but. C’est un personnage un peu trop passif dont il serait intéressant de le faire évoluer. Mais le pire intervient à l’épisode 6, dans lequel Scott, personnage gay et assumé comme tel, se fait bully par son ex car il a couché avec filles auparavant, il est donc considéré comme étant un faux gay par les autres homosexuels de son lycée ( ???). Tout ce problème devient complètement lorsqu’il commence à se faire harceler et à cet instant la série se perd : veut-elle parler d’harcèlement ? Dans ce cas l’orientation sexuelle de Scott aurait été un bon prétexte ou alors utilisé tous les membres de l’équipe, qui, il ne faut pas l’oublier, sont perçus comme les losers de leur école. Veut-elle parler de la quête de l’identité sexuelle ? Et bien pourquoi utiliser les autres personnages gays comme antagonistes, alors qu’ils auraient pu être des alliés ou tout du moins des exemples de la pluralité dans la communauté gay, voire même aborder la question de la bisexualité qui est souvent effacer des œuvres de fiction. On ne sait pas vraiment. On sent que ça se voulait être plus « malin » que ça mais ce n’est clairement pas maîtriser, en utilisant un nœud trop complexe pour ce que c’est avec une conclusion expéditive qui laisse le spectateur dans l’incompréhension. La série se prend les pieds dans le tapis, autant qu’elle reste accrochée aux blagues de cul.

Malgré tout, cette série reste regardable, les premiers épisodes sont assez indigestes avec tout cet humour gras qui ne s’arrête jamais mais très vite, l’atmosphère se pose. Si les premiers épisodes peuvent faire peur car on nous bombarde de trucs trashs, de gros mots de « regardez, on est trop trash », par la suite tous ces éléments sont mieux dosés et agencés. L’humour fonctionne et reste efficace et les aventures restent divertissantes. Je pense que cette première saison permet de planter le décor et de poser les bases, comme tout histoire de son style, l’humour fonctionne par comique de répétition, au premier abord on tombe dans l’absurde et dans le wtf mais petit à petit on s’habitue à ce type d’humour, des gags un peu bêtes et on savoure. C’est typiquement une série qu’on aime sur le long terme avec laquelle les enjeux, les personnages vont se dévoiler progressivement. Par exemple dans de nombreux flash-back, on note que Ben est présenté comme un ado calme, doux et innocent. On sent que le personnage a vécu des évènements qui l’ont drastiquement changé et que l’on aura l’explication du pourquoi et du comment plus tard. Pleins d’idées et d' »intrigues » ont été plantes (qur ce soit la relation entre Ben et son père ou Ben et Shannon) et malgré tout, on a envie de voir comment cela va évoluer.
Netflix essaie de construire un vivier de série pour adultes, entre les catastrophiques Paradise Police et Désenchantée, ça relève un peu le niveau mais ce n’est pas encore ça. Le problème est que Hoops ne révolutionne rien et se contente de reprendre bêtement les codes des séries d’animation américaine classique. On repense à pleins d’autres œuvres du même calibre en la regardant car ça manque encore un peu de personnalité. Il lui manque un concept fort, une signature, du caractère pour la rendre vraiment mémorable. Cependant et malgré tout, elle reste sympathique et je la recommande pour passer un bon moment sans prise de tête. Il faudrait attendre de voir les prochaines saisons pour confirmer ou non le potentiel de cette série. En attendant, si vous savez que vous êtes bon public cela peut passer mais si ce n’est pas le cas et que vous recherchez une série plus pousser et plus pointu, passer votre chemin.
