Violet Evergarden: Éternité et les poupées de souvenirs automatiques, une ode à l’émotion

Violet Evergarden : Eternité et les poupées de souvenirs automatiques est sortie dans quelques salles françaises. Le film produit par le studio Kyoto Animation (KyoAni pour les intimes) et réalisé par Haruka Fujita est l’adaptation de la série d’animation, elle-même tirée d’un light novel. L’histoire se déroule dans un univers inspiré du steampunk, dans lequel vit Violet Evergarden, une poupée automatique. Les poupées automatiques sont en réalité des jeunes filles qui exercent le métier d’écrivain public : elles rédigent les lettres pour ceux qui ne sont pas dans la capacité d’écrire. Violet, qui fut un soldat sortant tout droit de guerre, va devoir réapprendre à se connecter avec ses sentiments à travers les lettres qu’elle rédige. Le film est en réalité une histoire parallèle à la série mais qui garde toute l’esthétique et la structure de l’histoire qu’elle adapte.

La question que l’on peut se poser est : faut-il avoir vu la série pour comprendre le film ? De mon avis, ce n’est pas une obligation le film reste accessible pour un néophyte qui pourra comprendre l’ensemble de l’histoire. Cependant, on passe à côté des clins d’œil, des allusions, de certains silences lourds de sens. A mon sens, il vaut mieux avoir vu l’anime car l’histoire même de Violet Evergarden se construit au fur qu’avance l’intrigue. En réalité, chaque épisode est la pièce d’un puzzle qui nous en apprend un peu plus sur Violet, son passé et sa personnalité et ce n’est qu’à la fin que l’on peut contempler l’oeuvre dans son entièreté. Le film ne présente pas les personnages et rentre directement dans l’intrigue comme prenant et il établit que le spectateur connaît l’univers et les personnages. Un spectateur non averti n’aura pas l’impression de connaître Violet et les employés de la poste à la fin de l’histoire (et pourra même se demander pourquoi c’est le personnage éponyme alors qu’elle n’est même pas au centre de l’histoire).

Pour les autres, on retrouve la ville de Leiden et son côté victorien dans lequel évoluent les personnages. La ville est en pleine révolution industrielle, les machines à vapeur sont légion mais les engins à moteur et l’électricité prennent le pas en se propageant petit à petit dans la vie quotidienne des personnages. La société se mouve entre tradition et modernité. En effet, il y a toujours une noblesse, qui perpétue ses traditions mais en même temps, les mœurs évoluent : par exemple le fait que les poupées de souvenirs automatiques puissent garder leurs emplois une fois mariés est comme les prémices du progrès du droit des femmes. Visuellement, ce film est merveilleux, il y a beaucoup de détail, c’est une pépite pour la rétine. Les mains mécaniques de Violet attirent toujours le regard et le bruitage, au moment où ils bougent, est toujours autant travaillé. Et c’est un plaisir de retrouver la bande-son de l’anime, avec sa musique légère qui nous plonge dans une atmosphère douce amer.

Violet est fidèle à elle-même : stoïque, peu souriante et droite mais terriblement attachante. Il y a chez elle un juste équilibre qui l’empêche de la trouver apathique et de tomber dans un côté presque robot. Elle fait très bien son travail et elle est tellement performante qu’elle en devient trop « parfaite » par moments. Ce qui attire l’admiration chez certains mais l’exaspération pour d’autres. Malgré tout, elle reste attachante car elle a encore beaucoup à apprendre. En effet, pour ce qui est des manières, de l’étiquette et des règles en société, elle maîtrise mais elle doit progresser pour comprendre la subtilité des sentiments humains. Le fait qu’elle n’a pas (selon elle) d’ami et que tout cela est nouveau pour elle, la rend particulièrement candide et innocente. C’est de nouveaux types d’interactions qu’elle doit apprendre. Certes, elle est encore trop droite et ne se déride jamais mais grâce aux rencontres qu’elle fait, cela change petit à petit. Et une des choses qui m’a fait plaisir dans ce film c’est… Benedict ! Je le trouvais un peu trop absent à mon goût dans l’anime mais ici il est davantage présent et il a même un petit rôle de « maître » pour l’un des personnages. Je le trouve attachant ( et mignon) et son côté grognon fait qu’il a un certain charme (et il est mignon).

L’enjeu du film est un prolongement des thématiques de la série : questionner les personnages sur leurs émotions, leurs sentiments et leur empathie. L’objet central est plus l’introspection des personnages et leurs évolutions psychologiques. Le but n’est donc pas pour les personnages de se questionner face au monde et aux obstacles extérieurs mais plutôt de faire face à leurs pensées, leurs désirs les plus profonds. Et pour ce faire, dans le long-métrage, l’intrigue s’articule entre deux personnages plutôt que d’un seul. Cela m’a paru logique car le concept même de Violet Evergarden fait qu’une intrigue est réglée en une vingtaine de minutes : Violet est tel un cow-boy solitaire qui entre dans la vie d’un personnage pour la bouleverser et l’améliorer. Dans la série, on suit son parcours qui essaie de comprendre les sentiments humains, elle, qui a été élevé dans le but de n’être qu’une simple arme, un soldat au service de l’armée. Elle questionne la complexité de nos émotions et en apprend plus sur elle-même. Et une fois sa mission accomplie, elle repart vers d’autres aventures. Le film se construit comme un long épisode tout en respectant les codes de l’anime.

On suit Isabella d’York, est une jeune fille de bonne famille, souvent malade et très solitaire. Son père a fait appel à Violet pour qu’elle devient sa préceptrice et qu’elle puisse l’enseigner les bonnes manières pour le bal de débutante. Cependant la jeune fille repousse l’aide que lui propose la poupée de souvenirs automatiques dès leur rencontre et s’enferme dans son mutisme, elle en devient presque agressive. Ce qui fait qu’elle n’est pas adaptée aux règles de la société et que, plutôt que de faire preuve de bonne volonté en essayent d’apprendre en se montrant modulable, elle n’en fait qu’à sa tête. En réalité, elle a vécu une séparation douloureuse avec un être cher et refuse toute interaction avec les autres. L’autre personnage se prénomme Taylor et elle est l’exacte opposée. C’est une petite fille orpheline, pleine de joie, téméraire et courageuse. Depuis qu’elle a reçu une lettre quand elle était plus jeune son rêve est de devenir postière. Elle manque en compétence car elle ne sait pas lire mais elle est vraiment téméraire et fait en sorte de s’améliorer. Elle y met tellement de volonté que nous donne envie de tout plaquer pour devenir facteur à la Poste.

Toutes les deux expérimentent l’importance des sentiments et surtout le besoin de les exprimer. Isabella rejette tout autour d’elle, les gens et la société, elle préfère refouler ses émotions. Bien qu’elle soit triste de son sort, elle refuse de s’exprimer, au début, sur le manque de cette personne . Tandis que, Taylor, qui est bien plus extravertie, veut « distribuer du bonheur » et est bien consciente de l’importance d’exprimer ses sentiments et à quel point cela bouleverse une vie. La transition entre les deux personnages est fluide et compréhensible dans le récit, on passe de l’une à l’autre sans se poser de questions. Grâce à ces deux postulats, le film devient sur l’appel à l’émotion, à se laisser aller à la joie ou à la tristesse. C’est un appel libérateur fait avec douceur et justesse. Exprimer ce que l’on ressent, communiquer, par n’importe quel moyen, à l’écrit ou à l’oral, à un apaisement et un épanouissement qui n’a pas de prix. On peut le voir avec la réaction d’Isabella qui a pu exprimer ses sentiments pour l’être cher ou la lettre qu’à reçu Taylor qui lui permet de garder espoir et lui donne la vocation de devenir postière. Donner de soi à travers nos émotions mais aussi recevoir les sentiments des autres et à quel point cela peut être libérateur nous place au cœur de ce qui fait notre humanité.

Le film est donc un véritable bijou pour tout fan d’animation japonaise. Il touche plein cœur et résonne comme un désir de se raccrocher à ce qui fait de nous des êtres humains : de s’aimer, de se comprendre et comprendre les autres, la patience, l’empathie et la douceur. Cette œuvre nous reconnecte avec ce qui constitue notre meilleur côté de notre humanité, il touche à nos émotions. Après la tragédie qui a touché le studio Kyoto Animation (à savoir, un incendie criminel dans les locaux qui a fait 36 victimes), tout cela prend encore plus de sens. Violet Evergarden devient une oeuvre lumière que je vous invite à découvrir.

NB: Le gif utilisé n’est pas un extrait du film

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