Les Enfants du Temps, le nouveau bijou ensoleillé de Makoto Shinkai

Les Enfants du Temps ouvre le bal en étant le premier film d’animation à sortir cette année. C’est le nouveau film de Makoto Shinkai, qui sort trois ans après son chef-d’oeuvre, Your name, qui avait connu un succès planétaire en devenant le plus gros succès au box-office pour un film d’animation japonais. Makoto Shinkai se positionne alors en tant que nouvelle pointure. Avec son nouveau film, on peut légitiment se demander si Les Enfants du Temps va réitérer l’exploit. Pour ce qui est de l’intrigue, le film raconte la fugue d’Hodaka, qui s’enfuit à Tokyo pour fuir son île natale. Là-bas, il rencontre tout un tas de personnages hauts en couleurs, Keisuke Suga un journaliste et écrivain raté, Natsumi son assistante malicieuse, mais surtout Haru, une jeune fille-soleil qui possède un don mystérieux : celui de pouvoir contrôler la météo. Ensemble, les deux adolescents vont changer la face de Tokyo.

Tout d’abord, visuellement, le film est magnifique. On retrouve avec plaisir tous les gimmicks visuels de Shinkai notamment son amour pour le ciel. Avec un synopsis pareil vous vous douterez qu’on a le droit à des visuels du ciel sous toutes ses coutures : le ciel nuageux, le ciel sous un coucher de soleil, le ciel sous la pluie, le ciel et encore le ciel. Tout ça servit avec quelques vus panoramiques de Tokyo avec ses gratte-ciel, sous un déluge de détails pour les décors et vous obtenez des eyegasms à l’infini. Et en plus on en prend pleins les oreilles car on retrouve RADWIMPS à la bande-son (si si) ainsi qu’un ou deux clins d’œil à Your name (et ça, ça fait plaisir).

La ville de Tokyo est presque un personnage à part entière dans le film. C’est la destination d’Hadoka, son exutoire, là où il pense pouvoir s’épanouir pleinement. Mais très rapidement, la ville se montre tentaculaire, un endroit inhospitalier qui peut être dangereux pour un ado de 16 ans. C’est une ville qui ne laisse pas de place pour la nature : tout a été construit par les mains de l’homme, des gratte-ciel aux parc artificiels. Seul la météo, que l’homme ne peut contrôler, rappelle à celui-ci qu’il ne peut dicter la nature. Il faut rappeler qu’à Tokyo, il y a de fortes précipitations durant la saison des pluies (de juin à mi-juillet) à cause du climat tropical. Le film nous montre cette nature reprendre ses droits dans cette ville immense, au détriment des activités humaines.

Hadoka est un adolescent qui a fui son île natale pour venir à Tokyo. Il essaie de trouver du travail, mais de mésaventures en mésaventures il atterrit chez Suga, qui fait de lui son stagiaire. Au début, il est très maladroit et peu à l’aise dans la ville gigantesque mais il s’y fait rapidement et y prend tellement goût que de fil en aiguille il est dans son élément. Quant à Hina, c’est une jeune fille orpheline qui vit avec son petit frère dans un petit appartement. Elle se trouve être une fille-soleil. Ce don lui permet de faire revenir le soleil pendant un court instant lorsqu’il pleut. Elle est caractérisée, dès le début, par sa générosité, son courage et son entêtement. Tous les deux forment un duo dynamique.

Dans Les Enfants du Temps, on retrouve certains thèmes récurrents chez Makoto Shinkai à savoir les amours adolescents et une touche de surnaturel. Les amours adolescents de Shinkai sont teintés des premiers émois, des premiers regards, des rougissements gênés que vivent ses personnages. L’intérêt pour le sexe opposé y est nouveau, c’est une découverte vue avec légèreté et tendresse. Par ailleurs, l’adolescence est un trope qui revient souvent dans ses œuvres. Les personnages sont souvent un peu insouciants, comme Hadoka et Hina qui agissent sans penser aux conséquences de leurs actes. Hadoka peut parfois paraître comme étant impulsif, fonceur car il écoute davantage ses sentiments et son instinct plutôt que sa raison. Il y a parfois une rupture entre les adultes et les deux héros. Les adultes, dans le film, ne comprennent pas toujours les héros, soit ils essaient de les utiliser pour leur propre intérêt, soit ils les méprisent. Ils sont montrés comme « corrompus », faillibles, seul un personnage adulte les soutient pleinement, et c’est Natsumi, qui est montrée comme étant une femme-enfant. Là où les adolescents et (même) les enfants sont dépeints comme plus courageux, plus honnêtes et plus sincères dans leurs démarches.

Les films de Makoto Shinkai sont basés sur la relation que forme un duo. Généralement, un jeune garçon et une jeune fille, ayant une vie plus où moins hétérogène, qui se rencontrent et bouleversent leurs vies respectives. Ils vivent une aventure incroyable et se découvrent l’un l’autre et souvent, même cela permet de se découvrir eux-même : par exemple, c’est Hodaka qui encourage Hina à utiliser son don pour aider les gens et ainsi, elle se sent revivre et être utile. Cependant leurs actions remettent tout en question : en usant du pouvoir d’Hina, cela accentue le dérèglement climatique.

En effet, Tokyo est noyé sous une pluie diluvienne qui ne cesse pas. Personne ne comprend d’où cela vient mais la météo est totalement déréglée. Les actions des deux adolescents changent tout : Hina peut faire revenir le soleil mais seulement pendant un laps de temps afin de faire plaisir aux gens autour d’elle. Pour créer des situations qui avantageuses pour l’homme il faut une intervention humaine. C’est clairement un parallèle avec les actions des hommes qui changent le monde dans lequel ils sont. Ils construisent, détruisent et transforment tout pour leur propre confort et leurs propres vanités (Hina et Hadoka vont intervenir pour permettre à feu d’artifice d’avoir lieu par exemple ou faire en sorte qu’un enfant puisse faire une course en plein air). Cela donne une impression que l’homme et la nature ne peuvent cohabiter ensemble, soit c’est l’homme soit c’est la nature. Comme si l’homme devait toujours détruire la nature pour se développer et que la nature n’avait pas d’autre choix que de se défendre à sa manière pour survivre.

[ZONE SPOILER] Le fait que Hadoka choisit de sauver à tout prix de sauver Hina est à la fois un geste égoïste et beau. Égoïste car ainsi il condamne toute une ville à une pluie « éternelle », il pense à son propre amour et donc à son intérêt. C’est l’homme qui prévaut pas la nature. De par son geste, il condamne la nature et la vie quotidienne des hommes. Mais beau car il choisit l’amour, qui un sentiment irrationnel, que l’on ne peut décrire et qui ne peut forcément se comprendre. Ça en devient presque symbolique. Bon, bien sûre dans le film ils ont présenté tout cela comme un cycle : Tokyo, une fois sous les eaux, reprend sa forme d’antan, à l’époque où ce n’était qu’une simple baie. De vous à moi : j’ai plus eu l’impression qu’ils avaient ajouté cette information pour faire passer la pilule. Mais soit, c’est belle métaphore, une jolie façon de présenter les choses : il ne s’agit pas d’une perte mais d’une transformation. La vie (et la ville) ne meurt pas, elle évolue. Il n’y a pas de solution qui est présenté mais plutôt un message d’espoir. [FIN DE LA ZONE SPOILER]

De plus, on retrouve encore, dans les films de Shinkai, ce mélange entre modernité et tradition. Les personnages évoluent dans Tokyo, l’une des villes les plus modernes du monde, avec sa technologie et ses infrastructures et en même temps, il y a cette légende des filles-soleils et des filles-pluies qui interroge la population locale. Les légendes urbaines font partie de la culture populaire du Japon. Makoto Shinkai réussit toujours à installer des mythes et des superstitions japonaises comme étant vrais, avec leurs histoires et leur origine. Ce qui donne une impression de vraisemblance, comme si ces légendes urbaines existaient réellement au pays du soleil levant. Il réussit alors à créer sa propre mythologie (comme Miyazaki le fait, par exemple avec le chat-bus ou encore les noiraudes dans Mon Voisin Totoro).

Vous l’auriez compris, Les Enfants du temps de Makoto Shinkai est une totale réussite, dans la droite lignée de Your name. Il est sûrement l’une des figures de proue de l’animation japonaise, il s’installe dans le paysage et va sûrement devenir une référence (si ce n’est pas déjà le cas). Avec ce film, il assoit sa stature et devient petit à petit un nom dans le regard du grand public. Cela fait du bien de voir un maître de l’animation japonaise, autre que Miyazaki et son studio Ghibli, recevoir de l’estime et un succès autant critique que public. Je vous encourage chaleureusement à aller le voir.

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