
L’an 2019 a signé le retour du grand, du fantastique, Shinchiro Watanabe. Le papa des cultissimes Cowboy Bepop et Samurai Champloo nous a livré son dernier bébé, Carole & Tuesday produit par l’excellent studio Bones (qui a d’ailleurs fêté ses 20 ans l’année dernière). Je vais faire un petit aparté mais sachez que j’adoooore Shinchiro Watanabe qui est pour moi un créateur de chef-d’oeuvre, un génie que bien souvent, les gens réduisent à ses premières œuvres. Bref, aparté terminé. L’histoire, donc de Carole & Tuesday, se déroule dans un univers futuriste dans lequel Mars a été colonisé par les Hommes. Les habitants ont accès à une technologie supérieure à la nôtre et les robots font partie de leur quotidien. Dans ce monde, deux filles que tout oppose, décident de participer à un télé-crochet musical. Ce qui devait commencer comme un simple concours dans une émission de divertissement va se transformer en petite révolution.
La série possède de nombreux personnages avec une personnalité bien marquée. Tout d’abord, Carole est une jeune fille, blonde, portant des robes très classique, ainsi elle représente l’archétype de la fille qui vient d’une famille aisée (sa mère est dans la politique). Elle est douce, rêveuse, elle manque un peu de courage en elle mais elle gagne en fermeté au fur et à mesure de l’histoire. Tandis que, Tuesday, est une jeune orpheline, elle fut, donc, indépendante très tôt. Elle a une peau plus bronzée et elle est moins féminine et vit dans une sorte d’habitacle qu’elle a aménagé. C’est une jeune fille est très pétillante, plus extravertie que Carole et elle enchaîne les petits boulots dans lesquelles elle se fait virer tout en caressant l’espoir un jour de vivre de sa musique. Les deux jeunes filles sont opposées sur tous les points, de leur physique à leur vécu, elles sont unies par leurs amours de la musique. Elles sont toutes les deux une très jolie voix, plaisante à écouter. Elles possèdent cette simplicité, presque innocente, qui les rendent attachantes.
Leur rivale est Angela, une enfant star qui a commencé sa carrière dans le cinéma mais qui aimerait se reconvertir dans la chanson. Elle est aidée par sa mère et Tao, un expert en Intelligence Artificiel qui lui confectionne une voix puissante (oui car dans cet univers, grâce à une haute technologie on peut améliorer sa voix). Au premier abord, Angela est l’archêtype de la « mean girl » dans les films pour adolescentes : jolie, populaire mais absolument peste, arrogante et nombriliste. En face de ses fans elle se montre souriante et avenante mais dans le privé, elle passe son temps à faire la gueule. Mais progressivement on découvre d’autres facettes de sa personnalité qui la rend attachante : elle est forte, elle possède tout même une certaine droiture. Elle apparaît comme étant plus nuancé, certes elle a toujours ses défauts mais elle devient comme une des rare « méchante » que l’on adore et que l’on respecte. Beaucoup d’autres personnages gravitent autour des héroïnes et sont hauts en couleurs (de Pyotr, la star des réseaux sociaux au super trio les Mermaid Sisters qui chantent le déjà culte « Fucking bullshit »).

L’amitié est un des thèmes qui cimente l’animé. Toutes les œuvres de Shinchiro Watanabe commencent par une rencontre qui change la vie des personnages (Fuu qui rencontre Mugen et Jin et qui part vivre des aventures à la recherche du « samuraï qui sent le tournesol » ou encore Risa qui rencontre Nine et Twelve et est embrigadé dans leur quête). Les deux jeunes filles sont parfaitement opposées, elles n’étaient clairement pas destinées à se rencontrer. Mais elles ont su créer un lien qui est tissé à travers la musique. Elles s’apportent beaucoup à l’une et à l’autre et en même temps elles en apprennent sur elles-même en se côtoyant. Tuesday, est seule et débrouillarde mais depuis sa rencontre avec Carole elle n’est plus seule quand elle rentre chez elle. Elle apprend à découvrir ce qu’est l’amitié, à pouvoir compter sur une autre personne qu’elle-même et se laisser aimer. Elle peut paraître plus spontanée ce qui bouscule sa camarade dans ses habitudes. Pareil pour Carole qui, en réalité, était isolée chez elle car personne dans sa famille ne comprenait son attachement à la musique, qui est un hobby qui paraissait frivole et sans grand intérêt aux yeux de sa mère. Certes elle avait tout en apparence (une belle maison, une mère et un frère soucieux d’elle) mais intérieurement elle se sentait vide.
D’autres sujets assez basiques viennent développer l’histoire comme le fait de croire en ses rêves, ne jamais abandonner bla bla bla… En réalité, ce qu’il y a d’intéressant c’est la véritable confrontation d’idée entre ce que proposent Carole et Tuesday par rapport à Angela (et Tao, même s’il reste dans l’ombre). En effet, les deux jeunes filles incarnent une simplicité, pureté et elles viennent de nul part alors qu’en face, c’est un au monde formaté, robotisé, presque sans âme de l’industrie de la musique. Dans leur univers, plus de 90% des chansons sont chantées par des Intelligence Artificiel, la voix d’Angela a été formaté et de plus c’est une star qui a déjà une stature. C’est une bataille qui se joue avec pour arme la simplicité et la sincérité de Carole et Tuesday contre l’univers programmé et froid de Tao. Les filles ont été d’ailleurs découvertes par pur hasard, car un personnage a posté une vidéo d’elles sur le Net et à partir de là, un engouement inattendu est né. Alors qu’Angela est une enfant star portée par un système. Et pour aller plus loin, la société dans lequel vivent les personnages est elle-même artificiel : ils vivent sur Mars, donc ils sont comme déracinés, tout est technologique autour d’eux ce qui fait qu’ils se retrouvent étrangers face aux choses simples de la vie. Je pense qu’il y a une envie de revenir à des choses simples de la part de Mr. Watanabe, à opposé d’une certaine manière le spectaculaire et le grandiose à la sobriété, la légèreté. Revenir à des choses simples pour mieux apprécier à la vie.

La musique est un thème important pour Shinchiro Watanabe qui instaure toujours un univers, une harmonie musicale dans ses œuvres. On peut penser à Cowboy Bepop et ses thèmes jazzy et bepop ou encore à aux rythmes hip-hop endiablé dans Samurai Champloo. Il est à noter que Carole & Tuesday n’est pas la premiere œuvre musicale pour l’artiste. Ce n’est donc pas son premier exercice, Sakamichi no Apollon est passé par la avant. Il y a très rarement d’animés musicales donc il est toujours plaisant d’en découvrir de nouveau, ici les musiques sont inspirées de chanson que l’on peut écouter à la radio comme de la pop, dance, rnb. Elles ont été composées par Mocky, un artiste canadien. Par ailleurs, les titres des épisodes sont des références à des titres de musiques réelle comme « True Color » de Cyndi Lauper ou encore « Dancing Queen » d’ABBA. Ce qui change c’est que les musiques sont chantées en anglais, ça donne une impression de réalisme, de proximité avec le spectateur, surtout quand on remarque que dans les animés on entend surtout de la musique rock japonaise. C’est comme si on entendait des musiques que l’on peut écouter dans la vraie vie. Certes, c’est assez générique mais plaisant à écouter. On oppose le duo qui joue sur sa simplicité avec Angela qui est pétillante et incarne une certaine puissance, l’archétype de la diva avec tout ce qui va avec (l’accoutrement, l’attitude, les effets et les lumières pour la mettre en valeur quand elle est sur scène) à Carole et Tuesday qui sont plus sobres et qui s’en récent même dans leur musique (elles ne jouent qu’avec un piano et une guitare) dans un style plus acoustique.
Carole & Tuesday est un animé plaisant à regarder et je trouve que tout son message s’incarne dans ses personnages. Ce n’est pas une série d’animation qui a fait autant de bruit qu’il méritait à sa sortie et, malheureusement, beaucoup de critiques lui accordaient des qualités mais lui reprochait une approche simpliste avec moins d’éclat que les deux séries phares de Watanabe (à savoir, et vous l’auriez compris, Cowboy Bepop ou Samuraï Champloo). Et cela m’attriste vraiment car, pour moi, pas toutes les œuvres de Shinchiro Watanabe ont pour vocation à dépasser ses prédécesseurs. Je pense que chaque œuvre doit s’apprécier pour ce qu’elle est. Et dans le cas de celle-ci, elle doit d’autant plus être appréciée pour ce qu’elle est : un animé feel good devant lequel on s’éclate. Oui, les thèmes peuvent paraître basiques et légers mais l’univers y est riche et les personnages sont attachants et hauts en couleurs. Je me suis personnellement beaucoup amusée et je pense que ce sera pareil pour vous. L’animé est disponible en intégralité sur Netflix.