Beastars, une métaphore qui a du mordant

Beastars est l’une des dernière pépite sortie cet automne. C’est un anime qui adapte le manga de Paru Itagki et produit par le studio Orange. En France, le manga est publié par la maison d’édition Ki-oon.

Dans un monde dans lequel vivent des animaux anthropomorphisés, les Herbivores et les Carnivores vivent ensemble mais les derniers ont interdiction de manger les premiers. C’est dans cette société que vit Legoshi, un jeune loup gris et qui étudie dans le pensionnat Cherryton, une école où cohabitent les deux espèces. C’est dans ce contexte, que Tem, un alpaga, est tué. Les meurtres envers les Herbivores se multiplient peu à peu, l’atmosphère devient pesante et des suspicions commencent à naître. Au même moment, les élèves de l’institut se préparent pour l’élection du Beastar, le chef de tout les élèves.

Tout d’abord l’animé est fait en CGI. Oui, annoncé comme ça, ça peut faire peur. Les animés en CGI ne sont que peu appréciés car l’effet est assez hybride, entre la 2D et la 3D, mais sans donner le rendu maîtrisé de l’un des deux partis. Ici ce n’est pas le cas, le studio a parfaitement repris des effets de 2D en utilisant de la 3D. Et lors des scènes d’action, la 3D est totalement sublimée et permet de donner un effet de dynamisme qui nous plonge dans l’histoire. Sans mentionner, l’opening qui est réalisé en en stop-motion, c’est une ode à l’animation.

L’univers présente des animaux anthropomorphisés, vivant dans une société qui ressemble à la nôtre. Tous vivent en harmonie les uns avec les autres. L’institut Cherryton est vu comme une vitrine de cette paix rêvée et surtout le club de théâtre dans lequel évoluent nos protagonistes est le seul club à réunir Herbivores et Carnivores. Dans cet établissement est élu le Beastar, le délégué de tous les élèves, c’est un rôle très important qui confère du pouvoir et du coup extrêmement convoité.

Dans Beastars, nous suivons Legoshi, un loup, très grand, timide et un peu gauche. Il est machiniste dans le club de théâtre. Très conscient de sa force physique et de son statut de carnivore, il tente de s’amoindrir et de se faire passer pour plus faible qu’il ne l’est en réalité. (par exemple, très souvent, il se baisse au niveau d’Haru pour lui parler). Il lutte contre ses instincts et cela se ressent dans sa relation avec son ami Haru.

Haru est une lapine naine. Avec un physique très frêle, elle attire la sympathie chez certains, la jalousie chez d’autres. En effet, elle est persécutée par certaines de ses camarades qui l’envient. Ce qui est intéressant avec ce personnage c’est qu’elle apparaît comme douce et fragile mais elle se révèle bien plus « fourbe » et calculatrice qu’elle laisse paraître au premier abord. C’est une adolescente qui vit sa vie comme elle l’entend, elle fait fît de conventions sociales, elle vit sa vie sexuelle comme bon lui semble sans prêter attention aux commentaires, aux critiques négatives ou les intimidations qu’on essaie de lui infliger. Haru est en réalité beaucoup plus forte qu’elle n’y paraît mais sa force ne passe pas par le physique mais par une force mentale qui reste inébranlable.

Louis est un cerf, en 3ème année. Il est fier, sérieux et très charismatique. Au premier abord, Louis apparaît comme un élève exemplaire, chef du club de théâtre. Il sait diriger et parler à une troupe. Il est digne de confiance mais il peut apparaître comme très arrogant, rabaissant intérieurement les autres, il aime quand les projecteurs sont braqués sur lui. Il est très populaire auprès de la gent féminine, bien qu’il semble être détaché de tout ça. Ce qu’il l’importe vraiment c’est de devenir le prochain Beastar et il fait tout en son pouvoir pour atteindre son objectif. En réalité, Louis est jaloux des carnivores et de leurs forces et ainsi méprise Legolas qui essaie de cacher sa véritable nature.

Beastars propose un véritable pamphlet sur la question de la nature et de la culture. En effet, la nature se définit par ce qui est primitif, inné et biologique. La nature est par essence déterminée (désolé de vous rappeler vos vieux cours de philo) tandis que la culture est ce qui s’acquiert, transformé par les conventions et les normes sociales. Dans Beastars il y a une vraie dichotomie entre c’est deux principes. C’est-à-dire que les Carnivores sont dotés d’une force et d’une alimentation particulière mais que par souci d’équité ils doivent refréner leurs instincts afin de préserver l’harmonie qui existe entre les deux espèces. Les carnivores s’adaptent, ils ne mangent de viande ou de poisson (leurs repas à la cantine sont transformés, les protéines qu’ils peuvent manger se retrouvent dans des œufs ou des légumineux). Il y a un contraste entre ce que la nature a donné Legoshi et l’attitude qu’il adopte pour se conformer aux normes et aux exigences demandées. Quant aux Herbivores, ils vivent en étant conscients qu’ils sont des proies dans ce monde, ils vivent avec la peur de se faire potentiellement dévorer. Ce qui fait qu’ils possèdent, parfois, une méfiance envers les Carnivores. Certains, comme Louis, se retrouvent à envier ces forces de la nature et font en sortes de gagner en pouvoir de quelque manière que ce soit. A l’inverse, certains Carnivores essaient de paraître plus doux, plus gentils, moins féroces pour gagner de l’attention ou du pouvoir. Ils doivent changer leur nature (cela peut être leur apparence ou leur manière d’être) afin d’être davantage acceptés par la société. La nature a donc donné une force aux Carnivores, cependant cet avantage peut être perçu comme une injustice que les Herbivores essaient coûte que coûte de renverser.

Ironiquement, le fait que les Carnivores soient perçus comme une menace, les rendent vulnérables aux discriminations, c’est presque le revers de la médaille. En effet, les Carnivores sont marqués par les discriminations, ils sont traités différemment et de lourdes conséquences dans leurs vies quotidiennes sont à noter. D’une certaine manière, ils sont naturellement « supérieurs » aux Herbivores selon les lois naturelles, cependant ils inspirent tellement la peur que tout est fait pour les « amoindrir », ce qui fait que culturellement ils sont discriminés et plus facilement jugés. Des préjugés subsistent sur eux, ils doivent faire attention dans leurs actes et leurs paroles car un rien peut les incriminer. C’est un parallèle avec les problèmes de société, les personnages jugent beaucoup sur l’apparence, sur les idées reçues, ils sont jugés en tant que groupe et non pour leurs individualités. D’autre part, un des thèmes qui m’a étonné, est celui de la sexualité. Il est assez rare de voir dans l’animation japonaise (en faite dans l’animation tout court), des personnages ayant une vie sexuelle active sans que cela tombe dans le fan service ou enrobé dans de l’humour grivoise. Ici, certains personnages vivent une sexualité libre, surtout de la part des personnages féminins. Ce n’est pas présenté comme étant graveleux mais juste normal et un moyen de reprendre du pouvoir.

Vous l’auriez compris, Beastars est une œuvre enchanteresse, qui se veut être une allégorie de notre société actuelle. Elle utilise les animaux, telle une fable, pour décrire notre société et nos rapports de force. C’est une œuvre puissante qui mêle divertissement et réflexion avec brio avec des personnages contrastés. Je vous la recommande chaudement.

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