Le Voyage du Prince, un film poétique et engagé

Le nouveau film de Jean-François Laguionie, Le Voyage du Prince, est dans nos salles depuis quelques semaines. Il est la suite directe du Château des Singes, sortit 20 ans plus tôt. Cependant il n’y a pas besoin d’avoir vu le premier opus pour comprendre cette suite. Le premier film fut juste et poétique et il est considéré comme un chef-d’oeuvre par les aficionados de l’animation française, on peut se demander si deux décennies plus tard, cette suite lui fait honneur.

Dans un monde dans lequel les singes sont anthropomorphisés, on suit un Prince (car il n’a pas de prénom), qui vient d’échouer sur une île. Il est sauvé pas un jeune singe, Tom, qui l’emmène dans une serre géante qui sert de laboratoire et d’atelier de recherches pour d’autres professeurs et scientifiques. Pour le Prince, c’est la découverte d’un nouveau monde et d’une nouvelle civilisation qui s’ouvre à lui.

Tout d’abord les deux personnages principaux sont attachants. En effet, Tom est tout aussi important que le Prince. C’est un jeune garçon rempli d’humanité et d’altruisme qui est n’hésite pas à faire ce qui lui semble être juste pour aider le Prince. Au fur et mesure, lui qui était si droit et docile, au début de l’intrigue, devient plus fonceur et n’hésite pas à transgresser les règles pour aider son ami. Le Prince est blagueur, fier, curieux et déterminé, il a un goût pour l’aventure et l’inconnu. Il n’aime pas rester en captivité, il préfère explorer. Les deux formes vraiment un duo attachant et équilibré, l’un apportant à l’autre ce qui lui manque. Je ne dirais pas qu’ils sont un relation père/fils contenue de leur différence d’âge mais plutôt qu’ils ont développé une vraie amitié, sans paternalisme, ils sont sur le même pied d’égalité (Tom peut même apparaître, par moments, beaucoup plus mature que le Prince). Cependant, je dois avouer que j’ai trouvé dommage que les autres personnages soient un peu trop mis en retrait à mon goût, alors que certains avaient le potentiel d’être très bons alliés (bon en faite, je pense surtout à Nelly, une assistante, en écrivant ça), mais cela reste un point de détail.

Avec ce postulat de base, il y a énormément de thème qui sont abordés. Tout d’abord, l’autre est la thématique la plus criante. Dès le début du film, le Prince est confronté à ce monde inconnu, un monde qu’il scrute et qui le scrute. Il y a une vraie dichotomie entre le monde du prince qui est moyenâgeux, féodal et dans lequel il n’y a pas de technologie avec ce nouveau monde inspiré de la Belle Epoque en faisant écho à la révolution industrielle, le début du cinéma dans les foires, le progrès dans les recherches scientifiques. Ce sont deux mondes qui se rencontrent et qui ne se comprennent pas. Par ailleurs, ils ne cherchent pas à se comprendre, le Prince ne communique principalement qu’avec Tom mais refuse d’échanger avec les autres autour de lui tandis que les autres personnages ne font que l’étudier de manière ethnologique, l’observer par appréhension ou par mépris, de loin, sans vouloir le comprendre réellement, sans en voir l’individu. Le Prince se promène dans ce monde dont il se moque des codes et des conventions, il y a une incompatibilité. Il y a un refus de comprendre l’autre. Le Prince débarque dans un monde nouveau mais qui le traite comme s’l était une bête curieuse : il est étudié et il ne peut pas sortir comme bon lui semble. Bien que comme lui, tous sont des singes anthropomorphisés, ils le traitent différemment avec plus ou moins d’égard. Seul Tom se conduit avec lui comme un individu à part entier. Le Prince interroge, et plusieurs fois, il est sujet à du mépris car différent, il ne s’habille pas comme eux et n’a pas les mêmes manières. Bien qu’il ait un statut de prince dans son royaume, il est déconsidéré ici. Il découvre une société qui semble en avance sur le plan technologique, elle est en retard sur le plan de la morale et d’idéologie.

Il y a eu vrai critique de la société qui aliène les singes, ils font un travaillent peu valorisant car rébarbatif. Le seul moment de détente c’est quand il y a des jeux de type fêtes foraines (du pain et des jeux?). La population semble tellement ancrée dans son quotidien qu’elle ne se rebelle pas. La politique en prend aussi pour son grade, elle y est durement critiquée. Les sénateurs y sont dépeints comme méprisants, refusant la réalité et nombrilistes. C’est un société malade dirigée par des gens malades. L’écologie y est aussi abordée : la nature reprend peu à peu ses droits, les herbes poussent un peu partout, des branches grimpes sur les bâtiments. La nature se retourne peu à peu contre les singes qui doivent abandonner certaines de leurs terres et luttent contre cette nature. Il y a donc beaucoup de thèmes abordés qui font clairement écho à l’état de notre monde actuel. Cependant, ce qui est dommage selon moi et qui m’a grandement perturbé c’est qu’il n’y a qu’un effet de panorama, de photographie sur l’actualité avec il y a un goût d’inachevé à la fin. En effet, lors du dénouement, finalement, rien n’est véritablement réglé à la fin. Le héros ne sauve pas la situation, il ne révolutionne rien, il n’améliore pas la condition de vie des autres personnages (excepté Tom). Je pense qu’il ne faut pas voir ce film comme un western dans lequel un héros, qui sort de nulle part et arrive dans un endroit où il règle tout mais plutôt comme une loupe sur une aventure à échelle « humaine ». Le Voyage du Prince donne l’effet d’un constat sans réelle position et sans proposition. Certes, une certaine alternative est proposée à la fin, un idéal où les singes anthropomorphisés et la nature peuvent se côtoyer, les individus respectent la nature et plutôt que de la dominer ils essaient de vivre avec elle non pas contre elle en l’incluant dans leur société. Mais pour nos héros, il n’en reste pas moins que le côté vain de la chose demeure.

Le Voyage du Prince est donc un film qui laisse le spectateur se poser des questions et réfléchir mais sans donner de réponse. Il interroge notre rapport aux autres et au monde qui nous entoure. C’est une œuvre qui nous renvoie à nous-même. A voir absolument.

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