
La suite du plus grand succès au box office mondial pour un film d’animation aka La Reine des neiges 2 vient tout juste de sortir au cinéma. Cinq ans après le premier opus et toujours avec la même équipe aux commandes (à savoir Chris Buck et Jennifer Lee à la réalisation et au scénario pour la deuxième), Elsa, Anna et toute la bande reviennent pour de nouvelles aventures. D’un côté, et au vu du phénomène culturel qu’est devenu La Reine des neiges et s’ajoute à cela les suites un peu ratées que Disney nous a servi dans le début des années 2000, on pouvait se demander si une suite était pertinente et surtout si ce n’était pas un coup risqué à jouer. De l’autre en reprenant la même équipe et surtout en apprenant de ses erreurs (depuis quelques années la firme aux grandes oreilles maîtrise de mieux en mieux ses œuvres), on pouvait aussi avoir une lueur d’espoir. Alors, est-ce que le pari est réussi ?
Oui, clairement c’est un pari est réussi (trop la flemme de créer du suspense). Il mêle actions et petite touche d’humour à la perfection. Le film s’autocritique par moments et l’humour n’est pas lourd comme je le craignais. Visuellement c’est impeccable, mais bon c’est du Disney donc on n’en attendait pas moins, beaucoup de détails sont à noter surtout au niveau des décors dont certains semblent presque faits en photo réaliste (il y a notamment une scène avec des gouttes qui s’élèvent en apesanteur et ces gouttes font très réelles). Pour entrer plus en profondeur, ce qui est plaisant à observer c’est que dès les premières minutes du film nous sommes amenés à voir les conséquences du premier film sur les personnages et dans leur univers : les portes d’Arendelle sont ouvertes, Elsa ne se cache plus et maîtrise ses pouvoirs, les deux sœurs sont plus soudées que jamais et elles se sont promis de ne plus rien se cacher. Bref, tous les gros problèmes de l’opus précédent sont réglés. Mais les deux sœurs et leurs amis vont devoir s’éloigner de leur royaume pour sauver une mystérieuse forêt.
C’est ainsi que l’univers de la Reine des neiges s’agrandit un peu, on quitte Arendelle (qui ressemble davantage à un village paumé de 300 habitants à un royaume tant il y a personne mais soit) inspiré des paysages scandinaves et ses montagnes pour une forêt mystérieuse cachée dans une brume épaisse. Au revoir les vents froids de l’hiver et bonjour aux feuilles rougeoyantes de l’automne. La magie aussi change de forme, si dans le premier film on n’avait pas forcément besoin de savoir d’où vienne les pouvoirs d’Elsa, comment ça fonctionne, ici, la magie prend corps dans la nature : les eaux ont une mémoire, la terre se transforme en géant de pierre, l’air est un « être » joueur et le feu est craché par une salamandre. La Nature aide l’homme à obtenir ce dont il a besoin. Elle apparaît comme magique. Son utilisation montre l’harmonie qui existe entre l’homme et cette dernière. Cependant les actions néfastes des hommes ont des conséquences sur la nature : les quatre éléments vont mal, ils « dysfonctionnent » ce qui, par ricochet affaibli les Hommes qui ne peuvent plus s’associer à cette Nature pour leurs activités humaines. De là à faire du film une œuvre pro écolo il n’y a qu’un pas.

Dans cette suite, on retrouve plus ou moins les mêmes thèmes que dans le précédent film (l’amour, la famille, la peur de l’inconnu et de ce qu’on ne peut contrôler) mais surtout le thème du passé y est central. Comprendre ce qui est arrivé à leurs parents, percer les secrets enfouis du royaume d’Arendelle, découvrir d’où viennent les pouvoir d’Elsa est ce qui motive les deux jeunes filles. Elsa et Anna sont confrontées au passé, elles sont directement touchées en tant que souveraines et sur le plan personnel. Le message montre clairement que les actes passés ont des conséquences et peuvent être un poids sur le présent mais une fois que l’on cherche les réponses, on peut mieux entrevoir son futur. Il y a un vrai retour sur le passé et plusieurs hommages et clins d’œil sont notables dans le film. D’ailleurs, il y a une scène assez incroyable dans laquelle Elsa revoit des images tout droit venues du passé, en tant que spectateur, on devient témoin de tout ce que les personnages ont traversé. Le personnage comprend qui elle est et d’où elle vient. Elle comprend son passé pour mieux vivre son présent.
De nouveaux personnages entrent en jeu mais ils sont plus que secondaires. Elsa, Anna, Kristoff, Olaf et Sven restent sur le devant la scène. Bon. Maintenant, on va être très clair : Anna est la véritable héroïne de La Reine des neiges. Il y a eu une énorme hype autour du personnage d’Elsa, car elle était « vendue » comme une « nouvelle » princesse Disney, plus mature et qui ne finit pas avec un homme à la fin. C’est vrai qu’Anna est davantage fleur bleue, romantique mais c’est tout à fait normal dans son cas. Elle a perdu ses parents très jeune, sa sœur, la seule personne qui pouvait la soutenir dans cette terrible période, la rejette. Anna n’a pas grandi en se sentant aimée, donc quand quelqu’un lui montre un peu d’attention, fatalement, elle jette son dévolu sur lui. Au-delà de ça, elle s’est montrée responsable, n’hésitant pas à un laisser les rênes du royaume à Hans, qu’elle croyait digne de confiance, le temps de son absence. Toutes ses actions visaient à réparer les problèmes causés par sa sœur. Et encore une fois, dans cette aventure elle se montre courageuse, téméraire, revenant sans cesse vers sa sœur peu importe le nombre de fois que cette dernière la repousse. Ça ne veut pas dire, a contrario, qu’Elsa est un mauvais personnage ou que je ne l’apprécie pas. Au contraire, elle est intéressante et complexe, par ailleurs à la fin de l’histoire on la sent plus apaisée, moins torturée. C’est d’ailleurs drôle de voir son évolution à travers ses changements capillaires : dans le 1, elle avait un chignon quand elle était froide et rigide, puis elle portait une natte au moment où elle décide d’envoyer valser toutes les règles qui l’entravaient et à la fin du 2 elle arbore une coupe de cheveux beaucoup plus libre. Elle trouve enfin sa place dans le monde. Malgré tout, je comprends que ce soit un personnage introverti qui garde ses problèmes pour soi mais elle ne peut s’empêcher de mettre sa sœur sur le côté encore et toujours pour, selon elle, la protéger. Ça se comprend dans les faits mais c’est redondant.

Cependant, la relation entre Elsa et Anna est, sans aucun doute, le point fort du film. On sent, pour les deux sœurs, l’envie de protéger l’une et l’autre, il y a plein de moments de tendresse, de câlins, et de complicité qui soudent leur relation. Anna tente de rassurer sa sœur et de rester près d’elle quand celle-ci se renferme (quand je vous dis que c’est un bon personnage). Alors, comme dans le premier film il n’y a pas de vrai méchant à proprement parler (alors oui Hans est vu comme le principal antagoniste du film mais en réalité c’est Elsa qui est à l’origine de l’élément perturbateur, des péripéties et qui contre les héros tandis que Hans ne fait que s’en servir à son avantage). Ici, ce n’est pas vraiment le cas, on découvre le véritable « antagoniste » à la fin du film mais les héros vivent plusieurs péripéties et se battent contre une nature hostile. Cela s’inscrit, depuis quelques années, dans la volonté de Disney de nuancer ses antagonistes. On peut le constater dans les derniers films Disney (et même dans les Pixars), avant les « méchants » étaient clairement identifiables dès le début, ils étaient l’élément perturbateur et les héros devaient réparer leurs fautes (ça pouvait de la méchante Reine dans Blanche Neige qui ordonne au chasseur de tuer cette dernière à Scar qui tue Mufasa, chasse Simba et le petit lionceau devenu grand doit reprendre sa place en tant que roi sur la terre des Lions). De plus en plus, les héros se battent contre quelque chose qui n’est pas identifiable et la révélation se trouve à la fin (c’est vraiment notable dans Vaiana/Moana par exemple), le méchant n’est pas celui que l’on croit (coucou Hans) ou les méchants ont de bonnes motivations mais n’ont pas la bonne méthode (petite référence à Big Hero 6…oui, je préfère le titre en anglais).
Parce qu’on ne peut pas chroniquer La Reine des neiges sans évoquer la musique. Honnêtement, je ne pense pas qu’il y aura de musique aussi entêtante que « Libérée délivré » (qui n’est, d’ailleurs, pas une mauvaise chanson en soi, juste qu’on l’a trop entendu) mais elles sont loin d’être mauvaises pour autant, certains chants me semble inspirés des chants nordiques. Mais je retiendrais deux moments musicaux. La première est une musique solo de Kristoff, qui pour moi, est censé être une parodie de Boys band. Tout y est, la musique, le visuel, les effets qui rappellent les années 1990, la lumière flashy. Tout est cliché, j’ai vraiment eu l’impression que les créateurs ont voulu se faire un kiff, ou c’est ça où je ne sais pas ce que c’est. Elle n’est pas vraiment mémorable mais elle détonne dans l’univers du film.

La deuxième musique c’est « Show yourself » (« Je te cherche » en VF). S’il fallait donner une petite sœur à « Libéré délivré » ce serait celle-ci. Elle intervient à un moment de solitude d’Elsa (pour ne pas changer), à un moment de doute pour le personnage qui se transforme en révélation. Au fur et à mesure de son chant, elle assume pleinement qui elle est et se trouve une force intérieure insoupçonnée. On commence doucement par une ballade au piano pour finir par exploser dans le refrain. C’est une musique touchante qui s’illustre pendant un moment magnifique et fort du film, et la meilleure selon moi.
Du coup, pour répondre à la question, est-ce que c’est une bonne suite ? Oui, sans aucun doute. Est-ce que ça va battre les records de La Reine des neiges premier du nom? Non, je ne pense pas. Car le premier était une « claque », un phénomène imprévisible (un film de « princesse » . Donc maintenant, la surprise est déjà passée, on retrouve des personnages que l’on connaît déjà dans un univers qui nous est familier. Recréer une suite qui est mieux que l’original qualitativement parlant et avec le même succès est extrêmement rare (d’ailleurs, il faut plus aller voir du côté de Pixar à ce niveau-là). La Reine des neiges a permis au studio Disney d’asseoir sa stature et d’officialiser le lancement de son 3ème âge d’or . Sa suite, en toute logique, connaîtra un succès estimable qui est (et sera) clairement mérité c’est un bon film qui n’a pas à rougir face à son prédécesseur.